Une cabine éjectable : invention géniale ou utopie ?

Une cabine éjectable : invention géniale ou utopie ?

Dans un avion en perdition, nombreuses sont les personnes qui rêveraient d’avoir un parachute à leur disposition. Si les militaires possèdent des sièges éjectables sur leurs chasseurs depuis 1946, et le siège éjectable de la firme Martin-Baker pour un Gloster Meteor, les avions civils ne bénéficient pas de système d’évacuation d’urgence en plein vol.

Cependant, en 2016, un ingénieur russe, Vladimir N. Tatarenko, déposa un brevet pour un nouveau système qui permettrait de détacher la cabine en vol, le Total Aircraft Escape System (TAES). En cas de perte de contrôle total de l’appareil par l’équipage, les pilotes rejoindraient les passagers en cabine avant de la détacher. Ensuite, des parachutes viendraient ralentir la chute, des rétrofusées s’activeraient à proximité du sol pour adoucir l’impact et des flotteurs l’empêcheraient de couler en cas d’amerrissage, un peu à la manière des capsules pour astronautes.

En revanche, ce système ne pourrait pas s’appliquer sur tous les types d’avions que nous connaissons actuellement. L’avion serait composé de deux parties distinctes : l’avion principal et la cabine détachable. L’avion principal comprendrait le cockpit, la partie supérieure du fuselage ainsi que l’empennage. Cet agencement imposerait la configuration de l’appareil comme un avion à ailes hautes, à empennage en T et des trains principaux intégrés dans les moteurs à la manière des De Havilland Canada DHC-8.

Si d’un point de vue extérieur l’idée semble intéressante, plusieurs problèmes se posent. Tout d’abord, le déploiement des parachutes et les rétrofusées utilisent des explosifs qui risqueraient de détruire l’appareil en cas de déclenchement intempestif du système. De plus, des questions de sûreté peuvent être soulevées quant à la possible utilisation de ce système par des personnes malintentionnées pour faire s’écraser l’avion principal sur les zones sensibles ou bien réaliser une prise d’otage en larguant la cabine dans une région contrôlée par un groupe terroriste. Autant de questions auxquelles devront répondre les ingénieurs pour concevoir une version exploitable et sûre du TAES qui présente des avantages autres que le sauvetage des passagers.

En effet, une cabine détachable serait bénéfique pour de nombreuses compagnies aériennes. Pour la plupart d’entre elles, le temps pris pour désembarquer les passagers, puis nettoyer la cabine avant d’accueillir les nouveaux passagers est très souvent supérieur au temps nécessaire pour réaliser les contrôles de routine sur l’appareil pour vérifier qu’il est toujours en état de voler. Un tel système permettrait de limiter le temps passé au sol par l’avion en changeant de cabine, passagers inclus dès que l’avion est stationné. La cabine pouvant être emmenée directement au terminal pour vider les passagers et la nettoyer pour la rotation suivante.

Si le TAES paraît être une idée un peu folle de M. Tatarenko, il se trouve qu’il s’est très largement inspiré d’un système existant : le Cirrus Airframe Parachute System (CAPS). En cas d’urgence, la verrière est éjectée et un parachute est déployé pour ralentir l’avion et le poser en douceur. Le CAPS a été installé pour la première fois sur un SR20. En 2016, le Cirrus Vision SF50 est même devenu le premier jet équipé d’un tel système.