L'immobilisation des avions, comment ça marche ?

L'immobilisation des avions, comment ça marche ?

Alors que la pandémie de COVID-19 fait sûrement subir en ce moment au monde du transport aérien la pire crise qu’il n’ait jamais connu, les différentes compagnies se voient dans l’obligation d’immobiliser leurs appareils au sol, leur place n’étant désormais plus dans les airs… Mais les avions, bien que leur taille varie, sont des « objets » très grands et prennent beaucoup de place, notamment les deux grands Jumbos, le Boeing 747-8 et l’Airbus A380, qui mesurent respectivement 76 et 73 mètres de long, pour une envergure de 68 et 80 mètres de large. Mais alors comment font les compagnies pour immobiliser leurs appareils au sol ?


Les aéroports, des parkings géants

Avant que la crise du COVID-19 n’affecte le monde entier, un hub majeur comme l’aéroport de Paris - Charles de Gaulle (CDG/LFPG) comptait environ 1300 mouvements quotidiens, et plus de 200 000 passagers qui transitaient par Roissy chaque jour. Ces dernières semaines, le Groupe ADP a comptabilisé à Roissy une soixantaine de mouvements (30 décollages et 30 atterrissages) et « seulement » 12 000 passagers par jour, soit plus de 16 fois moins qu’en temps normal, une forme de record donc pour le hub mondial.

Appareils parqués sur le site de TARMAC Aerosave, issue de TARMAC Aerosave
Appareils parqués sur le site de TARMAC Aerosave, issue de TARMAC Aerosave

Ainsi, ce sont les sociétés gestionnaires des aéroports qui entrent en jeu afin de réaliser un puzzle parfait pour optimiser au mieux l’espace, souvent très restreint, des zones aéroportuaires. Les aéroports fermés, comme celui de Paris Orly (ORY/LFPO), deviennent des stationnements idéals pour parquer les différents appareils. 90 appareils y seraient stationnés, notamment des avions d’Air France, Corsair, Transavia, Air Caraïbes, French Bee mais également easyJet. Quant à Roissy, près de 150 appareils séjournent sur le sol val-d’oisien ; on y retrouve encore Air France et easyJet mais aussi Air France Hop ! ou la compagnie de fret ASL Airlines.

Ainsi, le Groupe ADP a déclaré : « des plans de stationnement ont été dessinés et la répartition a été mise à jour selon les demandes des compagnies aériennes. Des marquages spécifiques ont été placés sur les voies de circulation avion qui entrent dans les plans de débord ».


Le stationnement des avions, comment ça marche ?

Tout d’abord, il existe des procédures strictes qu’il faut respecter. Ainsi, le stationnement d’un avion se divise en trois catégories en fonction du temps de séjour au sol prévu : un stationnement de deux à quatre semaines sera qualifié de « parking normal », un « stockage actif » désigne un stationnement d’une durée d’un à trois mois, et enfin le « stockage prolongé » fait référence à un stationnement allant au-delà de trois mois.

L’avion est alors préparé pour sa longue inactivité : on procède à une mise sous protection complète contre les éléments de la nature (pluies, corrosion, etc.) en recouvrant les composants les plus fragiles et les ouvertures de l’avion, comme les moteurs et les différentes sondes. Les commandes de vol sont graissées, et les réservoirs sont remplis à 20% de leur capacité afin que les joints ne s’assèchent pas.

Airbus A380 parqué à Tarbes, issue de TARMAC Aerosave
Airbus A380 parqué à Tarbes, issue de TARMAC Aerosave

Entretenir un avion au sol est sûrement l’une des dépenses les plus importantes pour les compagnies. En effet, afin de garder en état l’appareil, la régularité des entretiens est la clé. Or cette régularité coûte relativement chère. Afin de respecter des procédures très strictes, les moteurs doivent être mis régulièrement en activité, la pression des pneus et les circuits hydrauliques doivent être constamment vérifiés, mais surtout il est nécessaire d’assurer la surveillance des appareils !

Or, un avion a sa place dans les airs, et non au sol. Mais dû aux conditions actuelles, et même si certains pays entament leur déconfinement, les voyages internationaux, même intra-Schengen pour l’Europe, seront fortement réduits dû à la situation sanitaire qui varie selon les pays de l’Union européenne, par exemple. Alors, pour les compagnies, la carte à jouer pour les prochains mois sera celle des vols domestiques, puis éventuellement les vols moyen-courriers. Ainsi, les gros appareils qui effectuaient les liaisons long-courriers auront un séjour plus long sur le tarmac, ce qui pénalise fortement les compagnies, car les plus gros sont les plus chers à entretenir. Cependant, un avion immobilisé est un avion qui vieillit plus vite. Cette crise est notamment la première étape d’un repos au sol définitif pour certains types d’appareils, comme les 777-200, mais surtout la fin potentielle du géant du ciel, l’Airbus A380 (voir Bientôt la fin de l’A380 chez Emirates ?, Air France retire son premier A380 ou encore Lufthansa Group réduit considérablement sa flotte).


TARMAC Aerosave, une entreprise à son apogée

La base de Teruel (TEV/LETL) en Espagne a beaucoup fait parler d’elle car elle a accueilli ces derniers mois les très gros porteurs A380 de plusieurs compagnies européennes, à savoir Air France, British Airways ou encore Lufthansa. Le site de Teruel est très à la mode notamment grâce à son climat car l’aridité retarde la corrosion. L’aéroport français de Tarbes-Lourdes (LDE/LFBT) a également fait parler de lui en recevant certains A380 d’Air France. Or ces deux aéroports ont un point commun, tous deux sont des sites de l’entreprise française de maintenance et de recyclage d’avion TARMAC Aerosave.

A380 d'Air France à Teruel, issue de TARMAC Aerosave
A380 d'Air France à Teruel, issue de TARMAC Aerosave

Entreprise fondée en 2007 près de Tarbes, TARMAC Aerosave est aujourd’hui en tête des entreprises fournissant des services aéronautiques. Elle a pour but de stocker les avions mais également d’en assurer la maintenance, le démantèlement et le recyclage. La spécificité de l'entreprise est justement de regrouper tous ces services. « Nous ne sommes pas un cimetière d'avions », assure Alain Leboucher à France info, directeur commercial de TARMAC Aerosave. « Nous présentons un modèle de transition d'avion. Nous recyclons jusqu'à 90 % d'un avion ». Toujours d’après Alain Boucher, le taux d’occupation de leurs sites de parking aurait grimpé pour atteindre les 97% de stockage actuellement, contre 70% début mars. Ce sont alors presque 70 avions (dont des 747, A380, A340, etc.) qui ont atterri sur les trois sites de TARMAC Aerosave, à savoir Teruel, Lourdes et Toulouse Francazal (LFBF). L’entreprise recense aujourd’hui un total de 250 appareils parqués sur l’ensemble de ces sites.


Malheureusement, avant que nous puissions apercevoir à nouveau ces oiseaux métalliques dans les airs, il va falloir s'armer de patience, car la reprise du trafic aérien mondial s'annonce difficile et surtout très lente...