Comment les constructeurs choisissent-ils le nom de leurs avions ?

Comment les constructeurs choisissent-ils le nom de leurs avions ?

C'est une question que l'on peut légitimement se poser : comment les constructeurs, des moins connus aux plus célèbres, définissent-ils un nom pour les modèles d'avions? Que ce soit les pionniers ou les deux grands qui occupent la majorité de l'espace aérien actuellement, tous, ont dû donner des noms pour leurs appareils sortant d'usine. Cette pratique est donc courante et tout à fait logique, et ce, depuis les débuts de l'aviation civile et premièrement militaire.

Les premiers constructeurs faisaient des choix assez simples, ils ne s'embêtaient pas avec des stratégies commerciales et donnaient donc des noms en rapport avec eux-mêmes. Pour exemple, Louis Blériot avait décidé de nommer ses avions avec des chiffres romains qui se suivaient, ainsi, celui avec lequel il a traversé la Manche se nommait le "Blériot XI". Dans le même temps, l'aviateur néerlandais Anthony Fokker établissait une lettre et un chiffre romain. Nous retrouvions alors les lettres C,D et E pour les avions militaires tels que les bombardiers, les chasseurs.... et la lettre F pour les avions destinés aux transports de passagers. Le chiffre arabe augmentant de dizaines en dizaines a rapidement succédé au chiffre romain, donc Fokker 50, 60, 100...

Mais, qu'en est-il de nos deux plus grands constructeurs mondiaux ? Puisque Boeing et Airbus sont concurrents, et l'ont toujours été, ils ne pouvaient pas adopter la même méthode de classification. Du côté du constructeur américain, nous trouvons une méthode un petit peu semblable à celle de notre néerlandais Anthony Fokker puisqu'un chiffre est égal à un secteur d'activité. Si le 4 était réservé à l'aviation militaire, le 7 correspond, vous l'aurez compris, à l'aviation civile et commerciale. De ce fait, le premier avion devait logiquement s'appeler Boeing 700. Mais, du côté marketing on ne trouve pas ça assez "clinquant" donc on choisit 707. Puisque c'est une recette qui fonctionne bien, on l'applique pour la cas'y totalité des appareils de chez Boeing. Oui, parce qu'il y a une exception (évidemment c'est celle qui confirme la règle), c'est le Boeing 720, c'est une version raccourcie, en hauteur et en largeur, du 707. Il a beaucoup moins bien marché, la production a pris fin et il a fait son dernier vol en 2012. Pour ce qui est du fleuron de l'aéronautique française, dont nous citons le nom sans que ce soit vraiment utile, Airbus, adopte une méthode légèrement moins évidente. À la création du consortium, le HBN-100 devait prendre un nom rappelant le nom du constructeur, comme l'avaient fait tout les autres. Toutefois, on ne pouvait pas se contenter de "Airbus" donc ils ont choisi 300 pour le nombres de passagers : c'est la naissance de l'A300. Le seul hic c'est qu'il ne peut accueillir que 298 personnes. Pour ce qui est des versions suivantes, nous suivons la logique des dizaines et nous trouvons l'A320 et tout autour de lui l'A318, A319 et A321 qui sont des versions tantôt raccourcies tantôt allongées. Nous pouvons légitimement nous demander comment ils sont passés de l'A340 à l'A380, puisque l'A350 s'est intercalé entre les deux quelques années après. Naturellement, nous allons vous donner la réponse : il y aurait deux raisons plausibles pour le choix du nom A380 pour le plus gros avion commercial aujourd'hui en service. La première explique que le 8 étant un chiffre porte bonheur en Asie, Airbus l'a choisi pour faire honneur à ses clients asiatiques largement intéressés par l'avion dès l'annonce du projet. La deuxième, qui relève davantage de la légende urbaine, tend à dire que le choix du 8 représenterait le double pont intégral de l'appareil. 

Vous savez donc tout sur l'appellation commune des appareils par Boeing et Airbus mais nous aimerions aller un peu plus loin. Vous le savez, les appareils portent des noms à six chiffres partagés par un trait d'union. Ainsi, on trouve l'A330-200 ou encore le Boeing 737-400. Cette fois-ci, les raisons sont semblables entre les deux constructeurs puisqu'ils les choisissent en fonction de la version de l'appareil, en fonction de sa taille ou des innovations technologiques qu'il comporte. Toutefois, les deux derniers chiffres varient grandement entre nos deux pontes. Airbus les choisit en fonction du motoriste qui équipe l'avion. Pour être plus précis, nous allons vous donner la liste (exhaustive pour l'instant) avec les numéros qui correspondent : 0 pour General Electric ; 1 pour CFM qui est un regroupement de General Electric et Safran ; le 2, sûrement le plus commun, pour Pratt and Whitney ; le 3 pour International Aero Engines et le 4 pour Rolls-Royce. Par exemple, le l'A320-216 est un A320-200 qui comporte des réacteurs CFM56-5B6, le 1 correspondant à CFM et le 6 correspondant à la version du réacteur. Pour Boeing, qui se distingue par ses différences, les deux derniers numéros correspondent au code client. Le 20, allez savoir pourquoi, est le premier de la liste : il correspond à Boeing. Le 21, que nous ne retrouverons malheureusement jamais correspondait à la compagnie américaine Pan Am. La première compagnie européenne du classement est Air France ; elle porte le numéro 28. Lufthansa quant à elle porte le numéro 30 et British Airways le numéro 36. Par exemple, le Boeing 747-830 est un 747-8 et la mention 30 à la fin informe du code client : Lufthansa en l'occurrence. Toutefois et puisque vous êtes des observateurs aguerris vous avez forcément remarqué que pour les triple 7 de KLM par exemple, les numéros sont annoncés "B777-306", l'explication est simple, le nombre de clients étant trop important, Boeing a du commencer une nouvelle série et KLM s'est vu attribuer le numéro 6. 

Nous sommes donc arrivés au bout de notre étude, maintenant vous savez tout ce qu'il faut savoir sur la façon dont les avions sont nommés par les constructeurs. C'est d'autant plus intéressant que les pratiques sont différentes pour chacun. 

Source photo : Photo prise par TestForTravel et publiée sur Flickr. Boeing 777 et A320 à l'aéroport de Bordeaux Mérignac (BOD/LFBD) le 18 février 2018.