Une série de confrontation (3/3) : Dreamlifter / Beluga

Une série de confrontation (3/3) : Dreamlifter / Beluga

Dans les deux premiers articles de cette série, que nous avons consacré à la confrontation A320/737 (voir Une série de confrontation (1/3) : A320/737) et 747/A380 (voir Une série de confrontation (2/3) : 747/A380), le nombre de ventes est l’indicateur qui nous permettait de dire quel appareil l’emportait. Toutefois, pour l’article d’aujourd’hui, confronter le nombre de ventes ne serait pas significatif. Comme le titre vous l’a précisément indiqué, nous allons confronter les deux transporteurs imaginés par les deux plus grands avionneurs du globe : le Dreamlifter et le Beluga. Pour l’emporter aujourd’hui, il faudra avoir une capacité d’emport et un rayon d’action plus important. D’autant plus que l’histoire de ces appareils est assez importante puisque les avionneurs ont eu l’idée de concevoir un appareil qu’ils utiliseraient exclusivement pour eux-même. 

Historiquement, le premier constructeur à concevoir un appareil prévu uniquement pour l’emport de son matériel c’est Airbus. De fait, l’avionneur a des usines situées dans différentes parties de l’Europe telles que l’Espagne, la Grande-Bretagne ou encore la France. Pour relier ses différents sites, elle pense à un appareil conçu spécialement pour cet usage. À la création d’Airbus en 1970, les pièces passaient par la route mais l’augmentation progressive du nombre d’appareil produits conduit l’avionneur à envisager une solution plus simple. Il faudra tout de même attendre 1991 pour qu’Airbus commence à étudier une version d’appareil destiné au transport de matériel. L’A300 est choisi mais doit évidemment subir quelques modifications avant d’être utilisé. Une porte cargo s’ouvrant juste au-dessus du cockpit a été installée permettant ainsi de charger et décharger facilement des pièces très volumineuse. En 1994, le premier Beluga prend les airs, après 335 heures il obtient sa certification et commence à opérer pour Airbus. À ce jour, 5 Beluga, numérotés de 1 à 5, sont en service régulier. Ils peuvent voler à la vitesse de 700km/h et parcourir 5000km en emportant 47 tonnes.  

Une version améliorée du Beluga a été également conçue en 2018. Cette fois-ci basée sur un fuselage d’A330, qui a pris pour nom Beluga XL. L’objectif visé était d’augmenter la capacité d’emport, ce qui a été fait à hauteur de 30% et qui permet notamment d’emporter deux ailes d’A350. Le rayon d’action a été un tout petit peu réduit, puisqu’il dépasse tout juste les 4000Km mais cela s’explique notamment par la plus grande surface de chargement et l’augmentation de la masse d’emport qui atteint 53 tonnes.. Au total, l’avionneur devrait en construire 6, tous destinés à remplacer le Beluga classique. 

Boeing 747-400LCF Dreamlifter, par Scott Wright et issue de Wikipédia
Boeing 747-400LCF Dreamlifter, par Scott Wright et issue de Wikipédia

En face de ces deux animaux à la ressemblance frappante avec un animal marin, nous avons le Boeing Dreamlifter. L’ensemble des passionnés s’accorderont à dire qu’il est moins charismatique que son concurrent mais il n’a pas à rougir de ses performances. Le processus de fabrication est complètement différent chez l’avionneur. En effet, les américains décident en 2003 de s’équiper d’un appareil qui permettrait de supprimer le transfert des pièces du 787 par bateau et donc de réduire le temps de trajet de celles-ci de 45 jours à 8 heures. Mais, le bureau d’étude moscovite de Boeing conclut qu’il n’est pas utile de créer un avion, il sera plus rentable d’en convertir un qui fait déjà le succès de la marque. Ainsi, Boeing rachète des Boeing 747-400 aux compagnies asiatiques Air China, China Airlines et Malaysia Airlines, et les ingénieurs imaginent de nombreux changements pour aboutir à un appareil à l’apparence bizarre dont la soute cargo s’ouvre par l’arrière. Les quatre réacteurs de cet appareil sont son atout principal puisqu’il peut ainsi emporter 113 tonnes de pièces et les transporter sur 7,800 km à la vitesse de 878 Km/h. Nous comprenons aisément que bien que le quadriréacteur ne soit plus privilégié aujourd’hui, il permet au constructeur américain Boeing de traverser l’Atlantique et le Pacifique pour relier ses sites en Espagne et au Japon. Toutefois, l’avionneur américain n’en a reconverti que quatre pour les opérations courantes. 

Dans cet article, nous avons pu mettre en avant les différences qui opposaient les avionneurs Boeing et Airbus dans l’élaboration de leurs avions uniquement réservés au transport de pièces. Airbus, qui a développé ce projet plus tôt, a imaginé et construit un appareil de A à Z alors que Boeing préféré parier sur une valeur sûre. Même si plus de Beluga ont été construits et mis en service, nous voyons que les performances du Dreamlifter sont nettement supérieures. Quoiqu’il en soit, les deux avionneurs ont réussi à réduire sensiblement les temps de trajet des pièces, ce qui a permis une accélération de la production.