Pont aérien de Berlin

Pont aérien de Berlin

À la fin de la seconde guerre mondiale, les forces en présence et les civils espèrent juste que cette fois ce sera la vraie dernière fois. Mais, durant le conflit, même si deux camps s’opposent, on remarque la distinction de trois véritables centres d’impulsion. Alors même si les alliés ont réussi à s’entendre pour réduire à néant les forces nazies, il y a de réels différends entre eux. Et plus particulièrement entre l’Union soviétique et les États-Unis. Au lendemain de l’Armistice, on bascule donc dans ce que l’on appelle la guerre froide. Il n’y a pas de conflits directs, ce sont toujours des affronts interposés et souvent désamorcés avant que cela ne tourne mal.

Alors vous allez me dire : « oui très bien mais il est le rapport avec les avions là ? ». J’y viens, j’y viens. Nous allons revenir sur l’épisode du pont aérien de Berlin. En effet, l’Allemagne est divisée et répartie entre les gagnants dès l’arrêt des conflits, il y a la République Fédérale d’Allemagne à l’ouest et la République démocratique d’Allemagne à l’est. L’URSS voulait mettre en place une tutelle absolue en accord avec l’idéologie communiste, tandis que les alliées veulent une reconstruction pour pouvoir obtenir leurs indemnités. La capitale de l’ancien Reich, Berlin, est partagée en deux mais c’est une enclave russe. Joseph Staline pense que, s’il met en place un blocus empêchant le ravitaillement par voie terrestre et maritime, les alliés seront obligés de céder et d’accepter son modèle étatique.

Mais c’était sans compter sur l’entêtement et la fierté des américains. Ils n’allaient pas se laisser dicter des lois par l’ennemi communiste. Le 24 juin 1948, le blocus commence. Dans la foulée, les alliés installent des appareils sur les aérodromes de Berlin Tempelhof et Gatow qui sont en zone américaine, et Tegel qui se trouve en zone française. Parmi les aéronefs, on trouve plusieurs dizaines de DC-47 Dakota, 224 DC-54 Skymaster et 72 Avro York de conception britannique. 

Berlinois regardant l’atterrissage d’un DC54

Les chiffres sont déroutants : en trois mois, cette entreprise emploie 50 000 personnes et achemine 700 tonnes de fret. Le 11 avril 1949, on atteint 12 500 tonnes avec 1 398 atterrissages par jour ! Tous les appareils ont été réemployés, ils ont tous servi pendant le conflit, ce qui explique qu’ils aient rapidement été disponibles.

Le 12 mai 1948, les soviétiques capitulent ; ils ne peuvent rien contre les forces aériennes. Il est hors de question qu’ils abattent un appareil alors que la paix se profile tout juste. Le temps est venu de faire le bilan.

Au total, on a recensé que 2 326 205 tonnes de nourriture et de charbon pour chauffer avaient été acheminés pour subvenir aux besoins de la population. En tout, les alliés ont effectué 195 530 vols. Pour un peu plus de détails, on en dénombre 131 918 par les américains et 63 612 pour les britanniques. Les transports avaient lieu 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec un décollage toutes les 3 minutes. 

C’est une crise typique de la guerre froide : les conflits sont interposés entre l’est et l’ouest. Cela n’ira jamais au-delà de menaces, ou d’actions visant à préserver la reconstruction des États selon les interêts d’une grande puissance. Ce pont aérien a donné des idées puisque ce modèle a été réutilisé plusieurs fois depuis. Pour simple exemples, nous pourrions parler de l’évacuation de population vietnamiennes après la chute de Saïgon en 1975 ou pour un match Alger-Khartoum en 2010 sur ordre du président Bouteflika. 

Sources des photos :Pour la photo d’en tête, nous avons DC47 à l'aéroport de Tempelhof prise en 1948 ou 1949 ; elle provient des archives de l’US Air Force.
Pour la photo dans le corps de l’article, elle est issue de l’ouvrage de Cees Steijger « A History of USAFE » publié en 1991. Nous y voyons des berlinois regardant l’atterrissage d’un DC54.