Lufthansa : 94 ans d'histoire...

Lufthansa : 94 ans d'histoire...

Même si vous n’êtes jamais monté à son bord, vous avez sûrement déjà entendu parler de la compagnie aérienne porte-drapeau allemande, Lufthansa. Bien que celle-ci célèbre officiellement ses 67 ans aujourd’hui - le 6 janvier 2020 –, elle cache une étonnante histoire qui a commencé bien avant la seconde guerre mondiale. Comment cette compagnie aérienne a-t-elle trouvé le titre de « compagnie aux deux anniversaires » et comment est-elle parvenue à devenir l’une des meilleures compagnies aériennes au monde ? C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.


Lufthansa de 1926 à 1953
Photo d’un Zeppelin, issue du site Wikiwand

Nous voilà de retour au début du XXème siècle, il y a près de 110 ans. C’est vers 1910 que l’Allemagne a reçu ses premiers aéronefs dirigeables de chez Zeppelin Corporation – une entreprise allemande spécialisée dans la conception de dirigeables. Ces derniers, appartenant à la DELAG – pour Deutsche Luftschiffe Aktiengesellschaft traduit par « Société anonyme aéronautique allemande –, étaient chargés de transporter le courrier ainsi que certains passagers, faisant ainsi de cette société la toute première compagnie aérienne civile au monde.

Logo de la Deutsche Luft-Reederei

Sept ans plus tard, pendant la première guerre mondiale, le directeur de l’Allgemeine Elektricitätsgesellschaft – fabricant allemand d’équipements électroniques et de matériels ferroviaires spécialisé également dans l’industrie et l’armée et qui a disparu en 1996 – a fondé la Deutsche Luft-Reederei, abrégée en DRL, une compagnie aérienne allemande dont l’objectif était de tester les possibilités offertes par le transport aérien. En 1918, la compagnie a par ailleurs fait appel à Otto Firle, un ingénieur et graphiste allemand, pour concevoir le logo unique de grue, logo qui devint plus tard connu dans le monde entier sous le nom de logo « Der Lufthansa Kranich ». Dès le 5 février 1919, cette firme était officiellement la première compagnie aérienne au monde à effectuer un trafic aérien régulier.

Logo de l’Aero Lloyd AG

Suite à des subventions données par l’État à partir de 1920, on voit de plus en plus de compagnies aériennes se multiplier dans le ciel allemand. Alors que l’HAPAG, l’AEG, la Luftschiffbau Zeppelin GmbH et d’autres sociétés fondèrent l’Aero-Union AG en 1921 – un groupe aéronautique basé à Berlin –, le groupe de la Lloyd Luftdienst GmbH fut créé à la même année à Brème. En 1923, ce dernier se regroupa avec la Deutsche Luft-Reederei, dont nous avons parlé précédemment, pour former la Deutsche Aero Lloyd AG. Pour l’anecdote, il s’agissait d’une compagnie aérienne qui contribuait avec énormément d’autres entreprises, des banques, des industries, etc.

Premier logo de la Deutsche Luft Hansa AG
Premier logo de la Deutsche Luft Hansa AG

À cette époque, bien que l’Allemagne comptât jusqu’à 37 compagnies aériennes nationales simultanées, seules deux sortaient réellement du lot et représentaient fièrement l’aéronautique dans le pays : on recense ainsi toujours l’Aero Lloyd AG, en pleine concurrence avec la société Junkers Luftverkehr. On se rappelle que la première se concentrait principalement sur le transport aérien ; la deuxième s’intéressait quant à elle plus à la vente d’appareils. Cependant, fin 1925, l’empire allemand trouvait que la concurrence entre ces deux firmes devenait beaucoup trop rude. Au moyen de la suppression des subventions, celui-ci demanda la fusion des deux compagnies aériennes, ce qui donna naissance le 6 janvier 1926 à la Deutsche Luft Hansa Aktiengesellschaft.

À partir du 6 avril 1926, la Deutsche Luft Hansa AG a mis en place un trafic aérien régulier basé sur sept lignes. La compagnie marque une nouvelle étape dans le trafic aérien postal, le transport de fret et de passagers. Elle fait également preuve d’un esprit assez expérimental en testant des vols de nuit, de mauvais temps et avec une mauvaise visibilité. Deux semaines plus tard, la Deutsche Luft Hansa a mis en service la plus grande partie de ses lignes prévues : on compte 57 aéroports desservis en Allemagne et 15 à l’étranger. Le 26 mai, la compagnie allemande met en place une route reliant Berlin à Paris via Cologne ; celle-ci étant réalisée en coopération avec la compagnie aérienne française intitulée Société Générale des Transports Aériens.

Junkers F13 (à droite) et Fokker F III (à gauche) de la Deutsche Luft Hansa AG, issue des archives de la Lufthansa
Junkers F13 (à droite) et Fokker F III (à gauche) de la Deutsche Luft Hansa AG, issue des archives de la Lufthansa

À ce moment, la flotte de la Luft Hansa AG se composait du Junkers F13 ; du Dornier Komet III ; du Dornier Do J Wal ; du Fokker F II ; du Fokker F III et du Junkers G24. Pendant l’Assemblée générale constituante de la Luft Hansa du 15 juin, la compagnie a trois objectifs majeurs : elle souhaite premièrement assurer la liaison entre l’Allemagne et les principaux centres économiques européens – par le biais d’une coopération avec des compagnies étrangères. Elle souhaite également assurer la correspondance entre les villes allemandes et les différents pôles européens. De surcroît, la compagnie aimerait relier l’Allemagne aux grandes villes en dehors de l’Europe avec qui elle entretient des relations économiques, comme l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Extrême-Orient. Entre 1926 et 1927, la Deutsche Luft Hansa AG ouvra ainsi un très grand nombre de nouvelles lignes en Europe que je ne citerais pas afin de ne pas vous endormir.

Panneau avec le logo de la Deutsche Luft Hansa AG à l’aéroport de Tempelhof
Panneau avec le logo de la Deutsche Luft Hansa AG à l’aéroport de Tempelhof

Depuis ses débuts, la compagnie Luft Hansa est basée à l’aéroport de Berlin Tempelhof situé dans le quartier de Tempelhof, au sud de la ville, tandis que le centre technique de la compagnie est situé à l’aérodrome de Staaken. À l’ouest de Berlin. Pour vous donner une idée, en 1929, en l’espace de huit mois, 3277 réparations y avaient été effectuées sur 649 moteurs.

À cette époque, les destinations intercontinentales intéressaient énormément l’économie allemande, axée sur l’exportation. Ainsi, la Deutsche Luft Hansa AG mis en place ses premiers vols de reconnaissance dès 1926 vers la Chine, la Sibérie et les îles Canaries. Suite à une mise en place rapide d’une forme de coopération avec l’état soviétique afin de desservir Moscou, la compagnie voulut rejoindre l’Extrême-Orient via la Sibérie mais cet objectif échoua malheureusement en raison de tensions politiques et de la situation de guerre. Il faudra attendre le début des années 1930 pour que Luft Hansa mette en place une forme de partenariat avec le gouvernement chinois, intitulé Eurasia Aviation Corporation ; les destinations de Hong Kong et Hanoi représentaient une importance capitale pour la compagnie.

Focke-Wulf Fw 200 de la Deutsche Luft Hansa AG, le même appareil que celui qui reliait Berlin à New York en 1938, issue du domaine public
Focke-Wulf Fw 200 de la Deutsche Luft Hansa AG, le même appareil que celui qui reliait Berlin à New York en 1938, issue du domaine public

Si la firme allemande était particulièrement intéressée par des trajets vers l’Extrême-Orient, une route vers l’Amérique du Sud fut tout aussi importante. Effectivement, cela représentait un grand objectif visionnaire pour la compagnie dû à la grande distance, aux conditions climatiques extrêmes ou encore à la déficience des moyens de communication. La compagnie dû trouver des alternatives, telles que la mise en place de bases flottantes et d’infrastructures au sol au niveau des deux côtés de l’Atlantique. C’est plusieurs années plus tard, en août 1938, que Lufthansa lança le premier vol transatlantique commercial sans escale au monde : celui-ci reliant Berlin à New York dura presque 25 heures à l'aller et presque 20 au retour ; ce vol était opéré par un Focke-Wulf Fw 200.

Affiche de propagande nazie Deutsche Luft Hansa, datant de 1937 et invitant le peuple allemand à se rendre au Reichsausstellung Schaffendes Volk, traduit par « l'exposition du Reich d’un peuple productif », qui se déroulait la même année à Düsseldorf, issue de alamy.com
Affiche de propagande nazie Deutsche Luft Hansa, datant de 1937 et invitant le peuple allemand à se rendre au Reichsausstellung Schaffendes Volk, traduit par « l'exposition du Reich d’un peuple productif », qui se déroulait la même année à Düsseldorf, issue de alamy.com

Parlons désormais d’un évènement bien moins joyeux mais essentiel à l’histoire de la Lufthansa. Effectivement, dès 1933, les nationaux-socialistes du NSDAP – que vous connaissez sûrement mieux sous le terme de nazis – s’assurèrent la mainmise sur la compagnie nationale allemande en pleine expansion. Cette dernière, seule compagnie aérienne allemande à cette époque, fut ainsi instrumentalisée en tant que compagnie nationale pour l’aviation militaire. Cependant, malgré les grandes difficultés qui régnaient, le transport aérien fut maintenu ; on peut même remarquer une augmentation de l’ampleur de ce dernier, considéré à présent comme moyen de transport fiable.

Junkers Ju 52 de la Luft Hansa (immatriculé D-2600) réquisitionné par les nazis, survolant Nuremberg, par Hoffmann, Heinrich et issue de Wikipédia
Junkers Ju 52 de la Luft Hansa (immatriculé D-2600) réquisitionné par les nazis, survolant Nuremberg, par Hoffmann, Heinrich et issue de Wikipédia

C’est le 1er septembre 1939, jour de l’invasion de la Pologne – facteur déclencheur de la Seconde Guerre mondiale –, que fut radicalement transformé l’univers de la Luft Hansa. En effet, plusieurs appareils de la flotte furent réquisitionnés par le gouvernement du Reich pour le transport militaire, tandis que d’autres furent mis en charters ou vendus. Malgré ces difficultés, le transport aérien civil fut maintenu vers certains pays neutres, tels que le Portugal, les pays scandinaves ou encore l’Espagne.

En avril 1945, la base de la Luft Hansa, l’aéroport de Tempelhof, fut occupée par les troupes russes. La guerre était perdue, le pays était en ruine. Le blocage des biens de la compagnie ainsi que l’interdiction du transport aérien par les alliés clôturent le premier chapitre de la compagnie aérienne nationale allemande. La décision de liquider la compagnie fut prise dès le 1er janvier 1951. Celle-ci se poursuivie jusqu’au 27 septembre 1965.


Lufthansa de 1953 à nos jours

Nous entrons dans « l’après-guerre ». Depuis 1949, l’Allemagne connaît un premier gouvernement démocratique sous le pouvoir du chancelier fédéral, Konrad Adenauer. Le moment semblait opportun pour envisager la reconstruction d’une compagnie aérienne nationale. Le ministre des transports de la république fédérale allemande, Hans-Christoph Seebohm, a par ailleurs souligné la nécessité et l’enjeu économique d’une compagnie aérienne nationale.

Réunion des fondateurs de la Deutsche Lufthansa AG le 6 janvier 1953 à la chambre de commerce et d’industrie de Cologne, issue des archives de la Lufthansa
Réunion des fondateurs de la Deutsche Lufthansa AG le 6 janvier 1953 à la chambre de commerce et d’industrie de Cologne, issue des archives de la Lufthansa

Suite à une réunion assurée à Berlin conviant les différents ministres des transports d'Allemagne, il est admis le droit pour chaque état de décider de tous les moyens de transport sur son territoire. Cela provoqua de nombreux arguments en faveur de la refondation d’une compagnie aérienne allemande. Jusqu’au 26 septembre 1952, les choses avançaient qu’à petits pas jusqu’à que soit approuvé la création d’une société préparatoire pour le futur transport aérien. C’est ainsi que le 6 janvier 1953, date symbolique puisqu’il s’agissait déjà là du jour d’anniversaire de la Luft Hansa AG, les fondateurs se réunirent à la chambre de commerce et d’industrie de Cologne pour la création de la Aktiengesellschaft für Luftverkehrsbedarf, traduite en « société anonyme pour les besoins du transport aérien » et abrégée en Luftag. Le 6 août 1954, la compagnie allemande prit le nom que nous connaissons aujourd’hui : Deutsche Lufthansa Aktiengesellschaft.

Lockheed L-1049 Super Constellation livré à Lufthansa, issue des archives de la Lufthansa
Lockheed L-1049 Super Constellation livré à Lufthansa, issue des archives de la Lufthansa

Une fois la compagnie lancée, il fallait lui trouver des avions. Depuis la guerre, nous avons dû oublier les Junkers, les Dornier ou encore les Heinkel. À cette époque, l’essentiel du développement technique était recentré entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Lufthansa pris la décision de se procurer des Convair CV 340 pour le court et moyen-courrier, ainsi que des Lockheed L-1049 Super Constellation pour le long-courrier. Dès novembre 1954, la compagnie aérienne allemande basa ses premiers appareils reçus à sa base d’Hambourg où elle mit en place de nombreuses formations pour ses pilotes et son personnel, ainsi que des hangars de maintenance. Le 1er mars qui suit, le premier appareil de la nouvelle Lufthansa se pose à l’aéroport de Francfort sur le Main qui deviendra peu à peu son hub.

Le 1er avril 1955, Lufthansa obtient enfin son autorisation spéciale lui permettant de mettre en place son offre de transport aérien domestique. Quelques jours après, dans le cadre des accords de Paris, la République fédérale allemande a obtenu la souveraineté, y compris de l’espace aérien. Ainsi, dix jours après, nous avons pu voir Lufthansa à Madrid, à Londres et même à Paris pour ses premiers vols internationaux.

Article de journal du Figaro du 19 avril 1955, issue des archives de la Lufthansa
Article de journal du Figaro du 19 avril 1955, issue des archives de la Lufthansa

Étant français, nous allons nous attarder sur les premières liaisons de la compagnie vers notre pays. Le premier vol d’essai a eu lieu le 19 avril 1955 : l’appareil en question, le Convair 340 immatriculé D-ACAD, a effectué la liaison aller-retour entre l’aéroport de Hambourg et celui de Paris (Orly), avec une escale à Francfort. Nous avons pu retrouver en exclusivité un article du Figaro datant de ce jour qui évoque l’évènement. Lufthansa effectua trois autres vols d’essai en Convair 340, ainsi qu’un spécial le 7 mai 1955 en Lockheed Super Constellation pour emmener le chancelier Konrad Adenauer à Paris, depuis Hambourg.

Convair 340 (D-ACEF) à l’aéroport de Paris lors du troisième vol d’essai le 5 mai 1955, issue des archives de la Lufthansa
Convair 340 (D-ACEF) à l’aéroport de Paris lors du troisième vol d’essai le 5 mai 1955, issue des archives de la Lufthansa

Le lancement officiel de la ligne fut le 17 mai de la même année. Le vol portait le numéro LH150 et était exploité par le même Convair 340 que lors du premier vol d’essai, le D-ACAD. On retrouvait aux commandes de cet appareils les commandants Quirke, Lindner, Wodrig et Albers.

La mise en place des vols long-courriers ne tarda pas. En effet, le 8 juin de la même année, le premier Super Constellation décolla pour rejoindre l’Amérique sans escale. On vit en effet la mise en place de deux vols transatlantiques réguliers reliant New York à Francfort et à Düsseldorf.

Toujours à la même période, du 6 au 8 juin 1955, se déroulait à Montréal la réunion du comité exécutif de l’AITA (voir AITA/OACI : Quésako ?) afin d’admettre Lufthansa comme membre de l’association et de lui obtenir un siège ainsi que le droit de vote lors des conférences de l’organisation.

Turboprop Vickers Viscount Lufthansa, issue des archives de la Lufthansa
Turboprop Vickers Viscount Lufthansa, issue des archives de la Lufthansa

Faisons un léger bond dans le futur et pour se retrouver le 10 octobre 1958 lorsque Lufthansa met en service son premier quadrimoteur Turboprop Vickers Viscount. Un an plus tard, en novembre 1959, Lufthansa reçoit sa première commande du constructeur américain Boeing suite à l’achat, trois ans auparavant, de quatre appareils de type 707-400. C’est la livraison du premier appareil de ce type qui marque le début d’une nouvelle décennie.

Boeing 707 (immatriculé D-ABOC) se faisant baptisé « Berlin » à l’aéroport de Francfort le 16 septembre 1960, issue des archives de la Lufthansa
Boeing 707 (immatriculé D-ABOC) se faisant baptisé « Berlin » à l’aéroport de Francfort le 16 septembre 1960, issue des archives de la Lufthansa

Le troisième 707 reçu, le 16 septembre 1960, initia le baptême des avions par nom de ville chez Lufthansa, comme on peut le voir à la photo ci-contre avec l’appareil en question, le D-ABOC, qui fut baptisé sous le nom de « Berlin » par Willy Brandt, à l’époque maire de la ville de Berlin. Dès mai 1961, Lufthansa reçoit un nouvel appareil de Boeing, le 720B, une version plus courte du 707 destinée à des vols courts et moyen-courriers.

Futur Boeing 737 Lufthansa en attente d’être livré, à l’aéroport de Renton, près de Seattle, issue des archives de la Lufthansa
Futur Boeing 737 Lufthansa en attente d’être livré, à l’aéroport de Renton, près de Seattle, issue des archives de la Lufthansa

Après la réception pour la compagnie de son premier Boeing 727 en 1964, c’est le 19 février 1965 que Lufthansa devient la compagnie de lancement du Boeing 737 avec la commande de 21 appareils dont le premier qui intégra la flotte dès 1968.

Alors que Lufthansa effectue son dernier vol régulier en Super Constellation en 1967 et supprime ses Convair ainsi que ses Turboprop Vickers Viscount quelques années après, il est temps pour la compagnie aérienne allemande de se tourner pour la première fois vers des vols de grande capacité grâce à une première commande de Boeing 747-100.

Livraison du premier 747 de Lufthansa (immatriculé D-ABYA) en mars 1970, issue des archives de la Lufthansa
Livraison du premier 747 de Lufthansa (immatriculé D-ABYA) en mars 1970, issue des archives de la Lufthansa

C’est en mars 1970 que le premier 747 atterrit à l’aéroport d’Hambourg. C’était là une vraie révolution ! Deux couloirs qui facilitaient nettement le service, 365 passagers dans un seul avion, un confort nettement amélioré avec de la musique, des programmes vidéo et même un salon-bar à l’étage pour les passagers de première classe.

Dès 1972, Lufthansa utilise même son 747 en version cargo, puis en version 747SL en 1977 pour ses vols à très longue portée, comme Los Angeles par exemple.

Premier Boeing 747 (immatriculé D-ABYE) à être exploité en cargo, issue des archives de la Lufthansa
Premier Boeing 747 (immatriculé D-ABYE) à être exploité en cargo, issue des archives de la Lufthansa
McDonnell Douglas DC-10-30, immatriculé D-ADHO, issue des archives de la Lufthansa
McDonnell Douglas DC-10-30, immatriculé D-ADHO, issue des archives de la Lufthansa

La compagnie continue dans sa volonté d’acquérir des très gros porteurs en accueillant dans sa flotte en 1974 son premier McDonnell Douglas DC-10.


Airbus A300B2-1C, immatriculé D-AIAE, par Courtesy of Christian Volpati et issue de Wikimedia Commons
Airbus A300B2-1C, immatriculé D-AIAE, par Courtesy of Christian Volpati et issue de Wikimedia Commons

Pour la première fois dans cet article, nous allons vous parler d’Airbus. Comme nous l’avions déjà évoqué dans un précèdent article (voir 18 décembre 1970 : Airbus voyait le jour), c’est en décembre 1970 que la République fédérale d’Allemagne conclu un premier accord gouvernemental de coopération avec la France afin de fonder le complexe Airbus Industrie. C’est six ans plus tard, en 1976 que la Deutsche Lufthansa AG accueille son tout premier appareil du consortium européen Airbus, l’A300 : il s’agit là par ailleurs pour la compagnie de son premier bimoteur à grande capacité.

Airbus A310-200, immatriculé D-AICD, par Tim Rees et issue de Wikipédia
Airbus A310-200, immatriculé D-AICD, par Tim Rees et issue de Wikipédia

Lufthansa terminera cette décennie en beauté grâce à sa commande importante de 32 Boeing 737-200, en plus de 24 options supplémentaires, ainsi que celle de 25 Airbus A310 et de 25 options, faisant de Lufthansa la compagnie de lancement de cet appareil, ayant effectué son premier vol en 1982.

Nous entrons dans les années 80. Cette décennie a vu émerger beaucoup de nouvelles lignes, elle a vu disparaitre le Boeing 707 de la flotte allemande, a permis à deux femmes pilotes de prendre pour la première fois les commandes d’un appareil de la Lufthansa, a explicitement mis en place les première classe, classe Affaires et classe économique que nous connaissons aujourd’hui ou a encore démarré la construction du futur gros-porteur de la compagnie, l’Airbus A340. En plus, le 20 juin 1987, Lufthansa, Air France, Iberia et SAS se réunissent à Paris pour la création du système de distribution de voyage, Amadeus.

Boeing 747-200 (immatriculé D-ABZE) arborant la nouvelle livrée, par Aero Icarus et issue de Flickr
Boeing 747-200 (immatriculé D-ABZE) arborant la nouvelle livrée, par Aero Icarus et issue de Flickr

L’année qui suit, 1988, sera synonyme de renouveau pour la compagnie allemande. En plus d’avoir créée deux compagnies aériennes – la première Viva Air avec Iberia et EuroBerlin France avec Air France –, d’avoir introduit un nouveau système de réservation de sièges, d’avoir commandé 20 737-300/-500 supplémentaires ou même d’avoir reçu son premier A310-300, c’est durant cette année que Lufthansa a instauré une nouvelle livrée pour ses appareils, une nouvelle cabine, des nouvelles architectures aéroportuaires, etc. Cette nouvelle livrée, utilisée jusqu’en février 2018, a représenté une vraie révolution pour la compagnie en conservant toujours son image de marque avec son bleu et son jaune, ainsi que sa fameuse grue désignée, je vous le rappelle, en 1918 par Otto Firle.

Boeing 747-400 (immatriculé D-ABVP) se posant à l’aéroport de Francfort, par Yann Arnould

Une dernière année de cette décennie sera primordiale pour la compagnie : 1989. C’est le 25 mai de celle-ci que Lufthansa a vu atterrir à Francfort son premier Boeing 747-400, appareil ayant effectué son premier vol à peine un an auparavant. Nous entrons dans la deuxième partie de cette année. SunExpress est créé en partenariat avec la compagnie Turkish Airlines, Lufthansa commande des Airbus A321 et met en service le 16 octobre de la même année son premier Airbus A320.

Nous arrivons à présent en 1990. Nous n’allons pas vous refaire toute l’histoire de l’Allemagne – bien trop longue et complexe – mais nous nous permettrons juste d’évoquer une date : le 3 octobre, la réunification de l’Allemagne. Celle-ci a eu un impact énorme sur la compagnie étant donné que, suite à celle-ci, Berlin est redevenue, le 28 octobre, une destination de la Lufthansa, destination qui ne fut pas desservie en vol régulier pendant près de 45 ans.

Ce n’est pas tout ; les années 90 ont été extrêmement chargées pour la compagnie porte-drapeau allemande. Le 4 octobre 1991, Lufthansa devient officiellement compagnie de lancement de l’Airbus A340 en commandant 15 appareils de ce type, accompagnée d’une option pour 15 autres appareils. En mai 1992, l’aéroport de Munich-Riem est rayé de la carte pour laisser sa place à celui de Franz-Josef-Strauß et son premier terminal. Quelques semaines plus tard, début juillet, la compagnie inaugure son premier des 10 Boeing 737-400 commandés. Durant le même mois, la compagnie Ostfriesische Lufttaxi (OLT), qui appartenait en partie à AGIV AG, est totalement par Lufthansa pour former la compagnie Lufthansa CityLine. C’est à la fin de cette année que le Boeing 727 effectua son dernier vol au sein de la compagnie.

Cartes du programme de fidélisation Miles & More
Cartes du programme de fidélisation Miles & More

L’année 1993 introduisit le programme de fidélisation Miles & More, comptant aujourd’hui une quarantaine de compagnies partenaires et plus de 25 millions de membres inscrits. En 1994, le tout premier A321 fut mis en service. Il est suivi en 1996 du premier A319. Le 1er décembre 1994 marque par ailleurs la fin des DC 10 chez Lufthansa. Enfin, début 1996, la compagnie se modernise encore en mettant en ligne pour la première fois la plateforme InfoFlyway connu sous l’adresse www.lufthansa.com. Dès la fin de l’année, Lufthansa Cargo commande des MD-11F pour compléter sa flotte long-courrier.

Le 19 mars 1997, c’est en remettant son dernier Fokker 50 à sa filiale Contact Air – compagnie disparue en 2012 –, que Lufthansa arrête définitivement l’exploitation d’avions à hélice dans sa flotte.

Réunion des 5 compagnies pour créer l’alliance Star Alliance, issue des archives de la Lufthansa
Réunion des 5 compagnies pour créer l’alliance Star Alliance, issue des archives de la Lufthansa

C’est à peine deux mois plus tard, le 14 mai, que les compagnies aériennes Lufthansa, Air Canada, SAS, Thai Airways International et United Airlines se rassemblent à Francfort pour créer Star Alliance, la toute première alliance mondiale de compagnies aériennes. Ces cinq compagnies proposent désormais ensemble une flotte de 1334 avions, ainsi que des liaisons entre 578 villes dans 106 pays.

Le 13 octobre de la même année, la compagnie termine enfin sa privatisation ne faisant plus d’elle une compagnie d’Etat. Le 1er avril 1998 marque l’apparition du tout premier comptoir d’enregistrement commun pour toutes les compagnies de Star Alliance ; c’était situé dans la salle d’enregistrement B à l’aéroport de Francfort.

Premier MD-11F livré à Lufthansa Cargo, immatriculé D-ALCA, par Spotterfreund et issue de Planespotter.net
Premier MD-11F livré à Lufthansa Cargo, immatriculé D-ALCA, par Spotterfreund et issue de Planespotter.net

En juillet, Lufthansa Cargo met en service son tout premier D-11F. Pour finir, c’est fin 1999 que Lufthansa participe à la création d’Air Dolomiti, compagnie aérienne régionale italienne, et accueille son tout premier A320-200.


Boeing 747-400 (immatriculé D-ABVK) arborant la livrée « EXPO2000 HANNOVER », par Aero Icarus et issue de Wikipédia
Boeing 747-400 (immatriculé D-ABVK) arborant la livrée « EXPO2000 HANNOVER », par Aero Icarus et issue de Wikipédia

Nous voilà en l’an 2000 avec l’EXPO 2000 se déroulant en juin à Hanovre. Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous parle de cela dans un article sur Lufthansa ; c’est très simple : Lufthansa a peint l’un de ses Boeing 747-400 – immatriculé D-ABVK – dans une livrée dédiée à cette exposition. Il s’agit là de l’une des toutes premières livrées spéciales proposées par la compagnie.

Fin 2001, toujours avec cette idée en tête de vouloir acquérir des très gros porteurs, Lufthansa annonce officiellement la commande de 15 Airbus A380-800. Début 2002, Lufthansa commande aussi des Airbus A330-300 ainsi que des Airbus A340-600 qui viendront rejoindre la flotte allemande dès l’année 2003.

Boeing 747-400 (immatriculé D-ABTE) portant la mention « The first real internet on board », issue des archives de la Lufthansa
Boeing 747-400 (immatriculé D-ABTE) portant la mention « The first real internet on board », issue des archives de la Lufthansa

Quelques mois plus tard, en novembre 2002, Lufthansa devient officiellement la première compagnie aérienne au monde à faire partie du programme Connexion by Boeing permettant de fournir une connexion internet à bord de ses avions. C’est lors d’un vol opéré en Boeing 747-400 entre Francfort et Washington que le premier courrier électronique a pu être envoyé depuis un appareil. Le 15 janvier suivant sont réalisés des tests approfondis concernant l’accès internet FlyNet à bord du 747 de Lufthansa sur un autre vol reliant Francfort à Washington, comme nous le montre le document ci-dessous datant de février 2003.

Vue aérienne du terminal 2 de l’aéroport de Munich, issue des archives de la Lufthansa
Vue aérienne du terminal 2 de l’aéroport de Munich, issue des archives de la Lufthansa

Le 27 juin suivant, le terminal 2 de l’aéroport de Munich est enfin inauguré après seulement 3 ans de chantiers. Pour la première fois, c’est Lufthansa qui a pris la responsabilité de la conception, du financement, de la construction et de l’exploitation de ce nouveau terminal, qui a coûté près de 1,2 milliards d’euros. Cet aéroport, permettant peu à peu de désengorger l’aéroport de Francfort, a bien réussi à se faire apprécier étant donné qu’il a été élu le meilleur aéroport en Europe et le septième meilleur aéroport du monde, par Skytrax en 2019.

Deux ans plus tard, en 2005, Boeing annonce une nouvelle version de son Jumbo Jet, le 747-8. Fin 2006, Lufthansa sera officiellement la compagnie de lancement de la version civile de cet appareil en commandant 20 appareils de ce type.

Premier A380-800 reçu, immatriculé D-AIMA, par Piotr Kosciolek et issue de Airplane-pictures.net
Premier A380-800 reçu, immatriculé D-AIMA, par Piotr Kosciolek et issue de Airplane-pictures.net

En parlant de gros porteurs, c’est le 19 mai 2010 que Lufthansa reçoit son tout premier Airbus A380-800, immatriculé D-AIMA et baptisé en l’honneur de son hub : Frankfurt am Main. Il entrera en service pour la première fois le 11 juin de la même année sur la route reliant Francfort à l’aéroport de Tokyo Narita.

Boeing 747-8 (immatriculé D-ABYT) arborant une livrée « rétro », par Brad T et issue de JetPhotos
Boeing 747-8 (immatriculé D-ABYT) arborant une livrée « rétro », par Brad T et issue de JetPhotos

Quelques années plus tard, après la réception en 2012 de son premier Boeing 747-8, immatriculé D-ABYA (cette immatriculation est censée vous rappeler quelque chose puisqu’il s’agit de la même que celle du premier Boeing 747-100 reçu dont nous vous parlions en 1970), Lufthansa annonce lancer une nouvelle classe, la Premium Economy, se projetant comme étant un juste milieu entre la classe Affaires et la classe économique. En 2015, Lufthansa a reçu son 18ème Boeing 747-8 – immatriculé D-ABYT – arborant une magnifique livrée « rétro », similaire à celle des années 70 lorsque le premier 747 est entré en service chez Lufthansa.

Nous arrivons désespérément le 22 mars 2016, jour où Lufthansa a réalisé son dernier vol en Boeing 737-500. Le Boeing 737-300, la seule autre version restante chez Lufthansa du monocouloir américain, fut retiré le 29 octobre de la même année.

Premier A350-900 reçu, immatriculé D-AIXA, par Hidetoshi Ohne et issue de JetPhotos
Premier A350-900 reçu, immatriculé D-AIXA, par Hidetoshi Ohne et issue de JetPhotos

Cependant, seulement deux mois plus tard, Lufthansa vit arriver dans sa flotte son tout dernier appareil long courrier, le dernier né d’Airbus, l’A350-900. Cet appareil, basé uniquement à l’aéroport de Munich et 15 sont déployés aujourd’hui mais a été commandé en 45 exemplaires qui seront livrés d’ici 2022/2023. Cet appareil de dernière génération viendra peu à peu remplacer les 13 747-400 et 17 A340-300 de la flotte, trop gourmand en carburant.

A380-800 (immatriculé D-AIMA) portant un ruban bleu en l’honneur de son prix reçu
A380-800 (immatriculé D-AIMA) portant un ruban bleu en l’honneur de son prix reçu

L’année suivante, en 2017, Lufthansa est devenu la première compagnie aérienne en Europe à recevoir le prix de « 5-Star Airline » par Skytrax, prix réservé aux meilleures compagnies aériennes du monde.


Boeing 747-8 tout juste peint dans la nouvelle livrée, immatriculé D-ABYA, lors de la soirée du 8 février 2018. Issue de LiveAndLet'sFly
Boeing 747-8 tout juste peint dans la nouvelle livrée, immatriculé D-ABYA, lors de la soirée du 8 février 2018. Issue de LiveAndLet'sFly

Nous arrivons en 2018, une année qui a été synonyme de changement pour Lufthansa. Nous sommes le jeudi 8 janvier au soir, nous nous trouvons dans les hangars de maintenue des A380 de la compagnie, au sud de l’aéroport de Francfort. Carsten Spohr, le directeur général de Lufthansa Group, fait un discours et, en présence d’un grand nombre de journaliste, personnel naviguant et salariés de la compagnie, introduit la nouvelle identité visuelle de la Lufthansa, avec une importance des couleurs revue, une nouvelle typographie, une nouvelle image de modernité et de professionnalisme, et surtout une nouvelle livrée faisait disparaître le jaune en le remplaçant par une nouvelle queue toute bleue.

Se poser des questions encore et encore, être ouvert à des nouvelles perspectives, dire oui à l’inconnu, oui au changement : il y a 100 ans, pour exprimer cet état d’esprit, Lufthansa a créé ce logo unique de grue qui s’envole connu dans le monde entier, ce logo imaginé par Otto Firle en 1918, ce logo qui est le plus ancien symbole aéronautique qu’il puisse exister, « Der Kranich », qui, 100 ans plus tard, a été redessiné.

Lufthansa Group, par Lufthansa
Lufthansa Group, par Lufthansa

Aujourd’hui, le 6 janvier 2020, Lufthansa compte 10 filiales à travers l’Europe – Air Dolomiti, Austrian Airlines, Brussels Airlines, Edelweiss Air, Eurowings, Lufthansa Cargo, Lufthansa CityLine, SunExpress (à 50%) et Swiss Air Lines – ainsi que 300 appareils en service à son compte, 15 chez Lufthansa Cargo et 51 chez Lufthansa CityLine. Toutes les compagnies de Lufthansa Group réunies forment une flotte de plus de 760 appareils, ce qui en fait la première compagnie aérienne européenne en nombre de passagers transportés, en plus d’être la meilleure en Europe, selon Skytrax.

La flotte de Lufthansa est aujourd’hui composée presque exclusivement d’Airbus, à défaut des quelques Boeing 747-400 et -8, mais la compagnie a commandé récemment le dernier 777x de Boeing ainsi qu’une vingtaine de Boeing 787-9 dont la livraison est prévue entre 2021 et 2027. Nous espérons pouvoir vous en reparler bientôt sur MyFlightway…


Nous avons, par cet article, essayé de retracer 110 ans d’histoire qui a commencé bien avant la création de la Deutsche Luft Hansa Aktiengesellschaft, deux guerres, une fondation, une restructuration, une flotte énorme composée des plus belles machines qui puissent exister. Aujourd’hui, Lufthansa c’est 300 appareils et 205 destinations, et ce n’est pas près de s’arrêter ! Nous lui souhaitons encore un joyeux anniversaire !