Londres-Sydney : la route aérienne de tous les records

Londres-Sydney : la route aérienne de tous les records
Image dans Google: https://myflightway.com/images/2022/07/08/qantas.jpg

Imaginez, parcourir 17 000 km sans aucune escale. Relier les deux grandes villes les plus éloignées de la planète : Londres et Sydney. Des antipodes qui sont reliés dès le début de l’aviation commerciale par des compagnies australiennes, britanniques ou encore indiennes. Presque un siècle plus tard, pari réussi : la couronne britannique est reliée à l’Australie par un vol sans escale.

Mais comment, en 100 ans, cet exploit a-t-il été rendu possible ? Comment cette route de tous les records a évolué et quelles sont ces compagnies qui ont marqué l’histoire ?


Les débuts
La Route Kangourou en 1935, par History Trust of South Australia

C’est en 1935 que pas moins de trois compagnies aériennes, toutes partenaires, lancent l’aventure de la plus longue ligne aérienne de l’histoire : relier l’Angleterre à l’Australie. Imperial Airways, Indian Trans-Continental Airways et Qantas Empire Airways ont lancé le pari fou d’effectuer plus de 17000 km dans un avion.

Le De Havilland 86, ici de Qantas Imperial Airways, était utilisé pour les vols entre Londres et Sydney, issue de Aeropedia.com

Douze jours est alors le temps nécessaire pour relier la couronne britannique au reste de son empire colonial. Douze jours durant lesquels dix passagers ayant déboursé la somme de 195 £, soit 18 000 € aujourd’hui, embarqueront à bord d'un De Havilland 86. De Londres à Sydney en passant par Paris, Athènes, Alexandrie, Karachi, Calcutta ou encore Singapour, ils s’arrêteront dans près de trente villes : une véritable expédition. À bord de ces avions, ce n’est pas le luxe que nous connaissons aujourd’hui. Il fait froid, cela tremble beaucoup et si vous vouliez dormir, ce n’était même pas imaginable avec le bruit que procurait les moteurs de l’appareil. Bref, la liaison vers l’Australie n’était sans nul doute une promenade de santé.

La Route Kangourou en 1947, par Rezwan, issue de Twitter

Avec les avancées technologiques, les voyages vers le pays des kangourous sont de plus en plus courts.

En effet, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ce sont désormais dix-huit passagers qui peuvent embarquer à bord du Short Empire pour une traversée de neuf jours et demi. Ce sont maintenant la British Overseas Airways Corporation – plus connue sous son acronyme BOAC – et Qantas qui effectuent la liaison vers l’île-continent. Le voyage est maintenant plus agréable et plus luxueux qu’auparavant. À bord de l’hydravion, un salon, une salle d’eau et des couchettes vous attendent. Le prix pour s’offrir cette « expédition » ? 280 livres sterling, soit 23 000 € aujourd'hui.

L'interieur d'un Short Empire de Qantas Empire Airways, par Imperial Airways
Un Avro Lancastrian 691 de la BOAC, par le Musée de l'Air et de l'Espace de San Diego, issue de SNL.no

Après la guerre, la durée du voyage diminue encore. Il ne faut « plus que » quatre jours pour relier Sydney à Londres. Il y a alors six vols par semaine et seulement six escales à Darwin, Singapour, Karachi, Le Caire et Tripoli en Libye. Le voyage est d’abord opéré par des Avro Lancasatrian 691 puis par des Lockheed Constellation. À partir des années 50, ce n’est plus seulement Londres qui est reliée à Sydney mais aussi Paris, Rome, Zurich ou encore Francfort ainsi que d’autres villes au cours du voyage. Le prix moyen d’un aller-retour était d’environ 585 £, soit 40 000 €.

Un Lockheed Constellation de la British Overseas Aircraft Corporation (BOAC), par RuthAS, issue de Wikimedia
Un DC-6 des Transports Aériens Intercontinentaux, par RuthAS, issue de Wikimedia

En 1958, pas moins de onze vols par semaine reliaient l’Europe à l’Océanie :
- 4 vols avec Qantas en Super Constellation,
- 4 vols avec BOAC en Bristol Britannia,
- 1 vol avec Air India en Super Constellation,
- 1 vol avec KLM entre Amsterdam et Sydney en Super Constellation,
- 1 vol avec TAI – Transports Aériens Intercontinentaux – entre Paris et Auckland en DC-6.
Plus les années passent, moins le voyage est long. Le vol le plus court est alors opéré par la BOAC en seulement 49 heures. Mais une révolution dans le transport aérien va changer la face de ce périple et permettre de réduire toujours plus le temps de vol : l’avion à réaction.


L’ère des Jets
Boeing 707 Qantas, par Phinalanji, issue de Wikimedia

En 1959, la firme américaine Boeing lance son 707. Équipé de quatre moteurs à réaction, il est beaucoup plus rapide que les avions à hélice et réduit de 15 heures le voyage pour l’Australie. Le leader de cette aventure est bien sûr l’Australienne Qantas. À elle seule, elle opère la plupart des vols vers l’Europe et l’Amérique. Elle n’opère plus une, mais trois routes différentes pour rejoindre le vieux continent :
- La « Kangaroo Route » avec des escales en Asie du Sud et en Perse,
- La « Southern Cross Route » avec des escales à Honolulu (HNL/PHNL), San Francisco (SFO/KSFO), Toronto (YYZ/CYYZ) ou encore New York (JFK/KJFK),
- La « Fiesta Route » desservant Tahiti, le Mexique et les Caraïbes.

Les différentes routes entre l'Australie et l'Europe, par Léo K.
L'intérieur d'un Boeing 707 de Qantas, par Qantas

Devenues trop longues et trop chères, les deux dernières sont abandonnées vingt ans après, en 1975. Tout repose donc sur les onze vols hebdomadaires de la compagnie australienne sur la route de l’animal sauteur. Ces onze vols durent entre 29 et 32 heures avec cinq à six escales. Avec le 707, ces vols deviennent plus luxueux, plus silencieux et plus confortables. Les prix deviennent aussi plus attractifs mais restent réservés aux personnes fortunées.


Plus qu’une escale
Le Boeing 747 permet maintenant des vols avec une seule escale. Photo prise, par Rob Hodgkins, issue de Wikimedia

L’année 1969 marque un tournant dans l’histoire de l’aéronautique. En effet, le 9 février 1969, le Boeing 747 ou « Jumbo Jet » effectue son premier vol. Avec une plus grande capacité et un plus grand rayon d’action, le 747 de Joe Sutter a permis au transport aérien de se démocratiser et d’accueillir une clientèle moins fortunée. Mais le 747 a surtout permis à Qantas et à l’Australie de se désenclaver du monde. En effet, le 747 ne nécessite plus qu’une seule escale pour se rendre à Londres (LHR/EGLL) : Singapour (SIN/WSSS), le point de passage de tous les vols de Qantas vers l’Europe depuis l’arrivée du Jumbo Jet. Le périple ne dure plus que 20 heures. Jusqu’en 2000, le 747 prônait sur la route des kangourous.

Boeing 777 de British Airways, par Dmitry Terekhov, issu de Wikimedia

À partir de la fin des années 90 et le début des années 2000, les légendaires Boeing 777, Airbus A330 et A340 sont de plus en plus présents sur la liaison entre l’Australie et l’Europe. Les vols deviennent de plus en plus abordables pour le grand public et les compagnies du monde entier exploitent cette route de rêve. Qantas reste bien sûr présente, mais d’autres compagnies entrent sur le marché de l’Australie. Les compagnies du Moyen-Orient – notamment Emirates et Qatar Airways – et d’Asie du Sud et de l’Est – comme Singapore Airlines, ANA, Cathay Pacific ou encore Malaysia Airlines – prennent de plus en plus de place et Qantas perd peu à peu le monopole qu’elle a accumulé pendant près de 75 ans.

En 2009, avec l’arrivée de l’A380 – le plus gros avion de ligne au monde –, les compagnies n’hésitent pas à l’exploiter sur les lignes Europe-Australie. C’est le cas notamment de Qantas, Singapore Airlines ou encore Emirates.

L'A380 est fièrement utilisé par les compagnies sur la route Kangourou, par Vismay Bhadra, issu de Wikimedia

Le sans escale
Le Boeing 747-400 Qantas qui a effectué le premier vol direct et sans escale entre Londres et Sydney, par Damien Aiello, issue de Wikimedia

En août 1989, le premier vol sans escale entre l’Europe et l’Australie a lieu. Effectué par le vol de livraison du premier 747-400 de Qantas, le vol entre Londres-Heathrow et Perth (PER/YPPH) a duré 20 heures et 9 minutes. Il n’y avait aucun passager à bord mais cela prouve que c’est possible.

Qantas et son Boeing 787 sont les premiers à opérer une liaison régulière sans escale entre l'Australie et l'Europe, par Bidgee, issue de Wikimedia

Trois décennies plus tard, le rêve devient réalité. Pour la première fois de l’histoire, Qantas relie l’Australie au Royaume-Uni quotidiennement avec un vol direct. Le vol QF9 est opéré par l’avion nouvelle génération de Boeing, le 787 Dreamliner ; il dure 17 heures et 15 minutes et entre dans le top 5 des vols commerciaux les plus longs du monde. Le service à bord n’a plus rien à voir avec ce qui était proposé à l’époque. La cabine est confortable et silencieuse.

Trois ans plus tard, Qantas lance son projet « Sunrise Project » : relier Londres et New York à Sydney avec des vols sans escale (voir Qantas relie les deux bouts du Monde en 19 heures 30). Le projet tient son nom des deux levers de soleil auquel vous pouvez assister durant des vols de plus de 19 heures. Aujourd’hui, seulement trois vols test ont été réalisés : deux entre Londres et Sydney (SYD/YSSY) et un entre New York et Sydney (voir Qantas revient au front avec le deuxième vol du Project Sunrise). Ces vols ont été opérés par des Boeing 787-9 Dreamliner.

Airbus a revêtu son premier prototype d'A350-1000 d'une livrée spéciale dédiée à Qantas, par Olivier Hoarau

Il n'est pas surprenant que Qantas s'intéresse de près aux vols ultras long-courriers. Pour atteindre les principales villes d'Europe et des États-Unis, les passagers doivent pour le moment faire des escales et prendre plusieurs vols. Des vols sans escale au départ de Sydney ou Melbourne vers des destinations telles que Londres et New York constitueraient ainsi un excellent bonus pour Qantas qui espère que ses clients seront prêt à payer pour en bénéficier.

Concernant l’appareil utilisé pour ces futurs vols, Qantas ne comptera pas sur le 787, ni même sur le futur Boeing 777X, mais a préféré commander 12 Airbus A350-1000. Ces A350 seront modifiés pour embarquer plus de carburant bien qu'Airbus ne s’est pas prononcé pour le moment sur une version « Ultra Long Range » – ou ULR – comme ce fut le cas pour les A350-900 ULR de Singapore Airlines.

En plus des 12 A350-1000, Qantas a également passé commande de 20 Aitbus A220 et 20 A321XLR, par Airbus

Côté commercialisation, la compagnie australienne espère pouvoir lancer ces routes régulières d'ici 2024/2025. D’abord prévus pour 2022/2023, la pandémie de Covid-19 en a décidé autrement et le projet a fortement été retardé. Il a même été question de l'abandonner.

Durant la pandémie, Qantas a opéré de nombreux vols entre l’Europe et l’Australie. Ils étaient destinés à des vols de rapatriement, de convoyages médicaux et techniques. En effet, des 787 de la compagnie australienne ont été utilisé pour transporter des masques, des vaccins et même des passagers au départ de Londres, Paris (CDG/LFPG) et Francfort (FRA/EDDF) vers Perth. Les A380, quant à eux, étaient stockés aux aéroports de Leipzig (LEJ/EDDP) et Dresde (DRS/EDDC) en Allemagne. Ils ont volé jusqu’à Darwin (DRW/YPDN), dans le nord de l’Australie.


Souvenez-vous. Nous commencions cet article avec des périples de 12 jours et 30 escales. Nous le terminons maintenant avec des vols directs de 19 heures entre Londres et Sydney. En 100 ans, la British Overseas Airways Corporation (BOAC), Air India mais aussi et surtout Qantas, ont réalisé ce pari fou de relier le vieux continent à l’Australie. Ceci a été rendu possible grâce au développement des avions de plus en plus performants et capables de transporter plus, plus loin et plus rapidement. Un siècle durant lequel pas moins de 30 compagnies aériennes du monde entier ont relié la couronne britannique à son antipode. Qantas et tant d’autres compagnies marquent donc l’histoire avec ces records et ces défis fous et je pense qu’elles n’ont pas fini de nous étonner.