Les compagnies italiennes en grand souci

Les compagnies italiennes en grand souci

Comme prévu chaque mercredi, nous publions un article d’histoire. Toutefois, il va prendre une tournure un petit peu différente aujourd’hui. En effet, pour saisir au mieux les problématiques actuelles, il s’agit de remonter dans le temps. Vous en entendez parler et vous le lisez sur notre site depuis quelques mois, la situation du secteur aérien civil italien est péril. 


Fiat G.12, photo anonyme issue des archives de Fiat et publiée sur Wikipédia

Revenons sur les premiers pas de celui-ci. En 1946, la compagnie Alitalia voit le jour. Nous sommes au lendemain de la guerre. Le fascisme a sévi pendant de nombreuses années, les bombardements ont secoué l’Italie ; elle a maintenant besoin de se reconstruire. Il faut savoir que la compagnie voit le jour avec uniquement des capitaux privés pour la faire fonctionner. 

Le tout premier vol, le 5 mai 1947, est allé de Turin – il s'agissait de l'aéroport de Collegno à l’époque – à Rome Ciampiano (CIA/LIRA) – principal aéroport italien avant l’ouverture de Fumiciano dans les année 70 – puis à Catane (CTA/LICC) en Sicile. Il a été opéré par un Fiat G.12.

Avro Sapphire Lancastrian VM733, Photo personnelle de RuthAS et issue sur Wikipédia

Dans la foulée, la toute jeune compagnie aérienne réalise des vols internationaux. Le premier a eu lieu entre Rome et Oslo-Fornebu (FBU/ENFB) le 6 juillet 1947. Les vols intercontinentaux sont opérés dès 1948. Au départ à bord d’un Lancastrian pour un vol de 36 heures, il reliait Milan-Malpensa (MXP/LIMC), Rome, Dakar (DKR/GOOY), Natal (NAT/SBNT) – le code IATA actuel n’est plus NAT, en réalité il n’en a plus puisqu’un nouvel aéroport a pris le relai –, Rio de Janeiro (GIG/SBGL) ; Sao Paulo – qui n’était pas encore l’aéroport que l’on connaît mais plutôt une base militaire – et Buenos Aires (AEP/SABE). 

Publicité de 1965 proposée par Alitalia

Au cours des années suivantes la compagnie Alitalia se développe de façon conséquente. Elle achète des DC-4 à la Pan Am, elle introduit les hôtesse de l’air à bord de ces appareils en 1950 ; elles sont habillées par le grand couturier italien Sorelle. Sur l’image ci-contre, vous pouvez retrouver une hôtesse de la compagnie Alitalia dans une publicité datant de 1965. La compagnie est désignée transporteur officiel des Jeux Olympiques de Rome de 1960. 

Il faut aussi savoir que c’est une compagnie novatrice qui choisit de fonctionner uniquement grâce à des capitaux italiens. En 1969, ces choix économiques lui permettent d’être la seule flotte européenne uniquement composée d’avions à réaction.  

Mais, je vous ai dis que nous allions mettre en relation l’histoire de la compagnie avec son actualité. Et malheureusement, la compagnie va mal aujourd’hui. Après le choc pétrolier des années 70, la compagnie est en grand difficulté. Dans les années qui suivirent, elle est également frappée par des problèmes syndicaux ainsi que par l’échec des plans d’investissement qu’ils avaient tenté de mettre en place. 

Le première décennie du nouveau millénaire est synonyme de décadence pour la compagnie qui accumule encore plus de problèmes. En proie à la concurrence, elle n’arrive pas à s’aligner sur les marchés européens et perd la primauté sur de nombreuses lignes. Maintenant que le gouvernement italien est entré dans le capital, les investissements se font différemment et semblent aider la compagnie à s’en sortir ; c’était sans compter sur les attentats du 11 septembre qui provoquent une chute de la vente des billets d’avion pendant de long mois. Dans les années qui suivent, les problèmes s’aggravent encore. De nombreuses compagnies comme Air France ou encore Aeroflot se proposent comme investisseurs de la compagnie mais tous finissent pas se retirer. 

Une réelle avancée intervient en 2014 lorsque la compagnie du Golfe, Etihad Airways, entre dans le capital à hauteur de 49%. On se rend compte rapidement que la solution n’est pas là et que la compagnie est toujours dans le rouge. En 2017, la compagnie est placée sous tutelle du gouvernement. Aujourd’hui, nous sommes forcés de constater que la compagnie va toujours mal, qu’Etihad, même si ce n’est pas le sujet, va également mal et qu’aucune des deux situations ne semblent s’améliorer. Un consortium avec la compagnie des chemins de fers italiens avait été envisagé mais finalement ne sera jamais réalisé puisqu’ils ont décidé de se retirer. Cette année 2020 va très probablement être une année de gros changements pour la compagnie porte-drapeau italienne qui malgré un trafic en croissance n’arrive pas à sortir la tête de l’eau. 

Nous ne saurions pas dire si le mot adéquat est « heureusement » ou « malheureusement » mais l’aventure a pris fin pour deux autres compagnies aériennes italiennes très récemment. Bien évidemment moins symboliques qu’Alitalia qui est aux côtés des européens depuis 1946, les compagnies Air Italy et Ernest Airlines s’étaient faites un nom dans le monde de l’aviation civile mais viennent de mettre la clé sur la porte. 


Airbus A330-202 Air Italy à l'aéroport de New York JFK, par Adam Moreira pour Wikipédia

Concernant le cas d’Air Italy, nous constatons une réelle complexité puisque c’est une compagnie italienne issue de la refondation d’une ancienne compagnie aérienne ayant elle-même changé plusieurs fois. Il faut remonter à 1963 pour voir les premières bribes de la compagnie qui s'appelait autrefois Alisarda, mais ceux-ci ne nous concernent pas encore dans notre étude de cas sur les compagnies italiennes. Ce qu’il faut retenir c’est qu’en 2016, Qatar Airways l’acquiert à hauteur de 49%. De plus, la compagnie change plusieurs fois de nom avant de devenir Air Italy en 2018. Ce nom a été fortement encouragé par Qatar Airways qui a démontré la nécessité de porter le nom de son pays pour permettre une identification plus rapide par les passagers.  Le siège est confirmé à Olbia en Sardaigne tandis que son hub international est placé à Milan Malpensa (MXP/LIMC). Toutefois, dans un cas similaire à celui d’Alitalia, la compagnie est placée en liquidation judiciaire le 11 février 2020 parce que les deux investisseurs ont estimé que les problèmes étaient structurels et ne pourront jamais être réglés (voir La fin pour Air Italy). C’est donc la fin pour cette compagnie italienne.


Airbus A320-233 Ernest à l'aéroport de Tallinn, par Anna Zvereva et issue de Wikipédia

Enfin, la dernière compagnie dont nous aimerions parler est Ernest Airlines. La remontée historique de celle-ci est bien plus complexe puisqu’elle est toute récente. Ernest Airlines a vu le jour en 2015. En effet, elle a été fondée comme compagnie privée et a commencé ses vols le 16 octobre 2015. Basée à l’aéroport de Milan-Malpensa, la flotte était uniquement composée d’Airbus A320, dont de nouveaux exemplaires étaient d’ailleurs en commande. La compagnie opère d’abord des vols vers l’Europe de l’Est en Albanie et en Roumanie. Petit à petit, elle construit son réseau et relie une quinzaine de destinations. Toutefois, le 29 décembre 2019, et ce sans qu’il y ait eu aucun incident ou accident grave, les autorités italiennes ont décidé de retirer à Ernest Airlines sa licence de vol à cause de manquements graves à la sécurité. Le 11 janvier dernier, la compagnie a annoncé l’arrêt total de ses opérations (voir Ernest Airlines suspendue, Flybe menaçée ). La compagnie va donc se séparer de ses appareils et de ses employés. 


Cette étude nous a donc permis de dresser un tableau sur les compagnies aériennes italiennes. Malheureusement, la situation est complexe pour celles-ci qui enchainent les problèmes financiers et structurels. Sur les trois compagnies dont nous avons parlé, il n’y en a malheureusement qu’une qui a survécu à ces difficultés d’exploitation. Est-ce possible que dans les prochaines années l’Italie se retrouve sans compagnie pour la représenter ? Seul le temps nous le dira…