Le plus grand avion des années 30

Le plus grand avion des années 30

Dans ce nouvel article, nous allons parler d’un appareil au destin un peu spécial. Loin de moi l’idée de vous parler d’ingénierie puisque ce n’est pas mon domaine mais je pense que l’histoire de certains appareils a besoin d’être racontée. Replongeons nous dans l’entre-deux-guerres avec un avion soviétique que l’on appelle souvent « Maxime Gorki », du nom d’un écrivain russe considéré comme le fondateur du réalisme socialisme en littérature. 

Cet appareil, le Tupolev ANT-20, fut le plus grand avion des années 30. Avec une envergure de 63 mètres et étant équipé de 8 moteurs de 900ch chacun, il s’est inscrit dans l’histoire de l’Union soviétique comme réelle prouesse technique. Ayant réalisé son premier vol le 19 mai 1934, il a été retiré du service actif le 14 décembre 1942 ; c’est une carrière assez courte qui n’est pas tellement dissonante des autres appareils expérimentaux de l’époque, toutefois, son destin est quelque peu atypique nous allons voir pourquoi. 

Allons faire un tour dans la cabine de ce géant, vous n’y trouverez ni sièges confortables ni écrans mais plutôt un attirail de propagande imaginé par les russes, qui, vous allez le voir, n’est pas et de loin « divertissant ». De fait, en 1934, Joseph Staline est secrétaire général du parti communiste soviétique et est donc à la tête du pays. Le dictateur est en train d’établir son pouvoir oligarchique absolu et pour cela il a besoin de conquérir les peuples. À bord de cet avion est donc installé un puissant émetteur radio appelé « la voix du ciel » mais aussi, une imprimerie, un laboratoire photographique, un projecteur de film avec son et une bibliothèque dans laquelle vous trouverez uniquement, et ça paraît assez évident, des livres de propagande soviétique. 

Si je vous parle aujourd’hui de cet appareil, c’est pour deux raisons : la première, c’est qu’Antoine de Saint-Exupéry fut le seul pilote étranger à monter à bord de l’ANT-20. Ce qui est encore plus intéressant c’est qu’il l’a fait le 17 mai 1935, soit la veille du crash de cet avion. C’était précisément là où je voulais en venir, notre Maxime Gorki a fini tragiquement sa carrière suite à un crash dans un quartier résidentiel de Moscou. 

Nous sommes donc le 18 mai 1935 lorsque le Maxime Gorki et trois autres appareils décollèrent pour un vol de démonstration au-dessus de Moscou. Comme lors des démonstrations que nous connaissons aujourd’hui, les appareils font des manoeuvres acrobatiques et font des passages très près les uns des autres. Vous vous doutez bien que si je vous dis ça c’est parce que tout ne s’est pas passé comme prévu ; de fait, l’un des chasseurs est venu percuter l’aile de l’ANT-20. Alors qu’il faisait une boucle autour de celle-ci, la manoeuvre a mal tourné et a brisé l’une des ailes de l’avion qui est immédiatement parti en piqué avant d’aller s’écraser dans une zone résidentielle de Moscou. 

Au total, ce sont 45 personnes qui ont perdu la vie dans cet accident. Pour les soviétiques et pus particulièrement pour le gouvernement de l’URSS, le crash de cet avion est un synonyme de l’échec de la propagande communiste. Mais pas d’inquiétude, jusqu’en 1991, ils trouveront de nombreux moyens de diffuser leur idéologie dans le bloc soviétique.