La tour de contrôle : histoire de partitions dans les airs

La tour de contrôle : histoire de partitions dans les airs

Vous vous êtes peut-être déjà demandé comment tous les avions faisaient pour voler en même temps, sans jamais se percuter. Bon, c’est déjà arrivé, mais globalement ce sont des milliers d’appareils qui sillonnent le ciel mondial chaque jour et il n’y a que très rarement des collisions graves, dites abordages, et heureusement. Ce grand miracle, qui n’en est finalement pas un puisqu’aucun dieu n’y est pour quoique ce soit là-dedans, on le doit aux contrôleurs aériens.

En effet, ces petits hommes, perchés dans leurs tours ou se trouvant parfois au sol, ont les yeux rivés sur leurs radars et surveillent les faits et gestes des appareils dans lesquels vous vous trouvez afin de réguler chaque instant de votre vol, tel du papier à musique. 

Aujourd’hui, il vous paraît absolument inconcevable d’être dans un avion de ligne qui procéderait à un décollage ou un atterrissage sans supervision par un contrôleur. Cependant, cela n’a pas toujours été le cas ! Quand les avions étaient très peu nombreux dans le ciel, les pilotes se débrouillaient tout seuls. 

Les premières tours de contrôles ont été inspirées par des tours guets, comme on en trouvait dans les forteresses par exemple. La surveillance se faisait donc à vue, avec ses yeux, et puis plus tard avec des jumelles. Mais comme les hommes sont malins, ils vont rapidement bénéficier de nouvelles technologies telles que le radar ou encore la radio par onde VHF (Very High Frequency / très haute fréquence) afin de fluidifier et de sécuriser l’espace aérien.

Carte postale datant de 1936 et représentant la tour de contrôle de Croydon

Mais puisque c’est un article destiné à l’histoire, revenons quelque peu sur les sources mêmes de la tour de contrôle comme entité essentielle de la sécurité aérienne. La première tour de contrôle au monde a été érigée dans l’aéroport londonien de Croydon en 1920. Les britanniques ont été les premiers à théoriser un système de contrôle du trafic pour éviter les accidents. Dans le reste du vieux continent européen, les tours se mettent petit à petit en place et sont largement opérationnelles pour la seconde guerre mondiale. Nous avons parlé dans un précédent article du pont aérien de Berlin (voir Pont aérien de Berlin) : le nombre d’appareils était pharaonique (je ne vais pas vous le rappeler, il vous faudra aller lire l’article) et ce sont les prémices du contrôle aérien qui ont servi à réguler cela sans problèmes.

Nous aimerions nous arrêter un instant sur le cas américain parce qu’il est quelque peu différent des autres. En effet, les premières tours de contrôles ont été créées dans le but d’organiser le transport de courrier, ce n’est pas vraiment la sécurité qui primait. Disons que dans ce modèle américain, la chose qui comptait le plus c’était la rentabilité. On voulait pouvoir connaître la position des appareils afin de connaître la durée de parcours et l’optimiser.

À ce jour, nous trouvons une tour (au moins) dans chaque aéroport accueillant des vols civils. Parfois, il faut en mettre plusieurs comme à l’aéroport de Paris Charles-de-Gaulle (CDG/LFPG) où il y en a quatre (voir la carte ci-dessous). Les aiguilleurs du ciel sont en charge de milliers de vie chaque jour puisque leurs erreurs peuvent parfois coûter très très cher, et malheureusement le prix à payer se compte en vies humaines.

Carte de l'aéroport de Paris CDG avec l'emplacement des 4 tours

D'ailleurs, la phraséologie – le charabia des contrôleurs quoi – est régie par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale. Elle a défini des codes précis en anglais, langue universelle de l’aviation, afin d’éviter toutes les incompréhensions que renfermerait l’anglais. Les règles sont très strictes et sont étudiées très précisément par les pilotes et les contrôleurs. Normalement, n’importe d’où vous venez et n’importe quelle langue vous parlez, vous devez pouvoir comprendre et vous faire comprendre par l’aiguilleur du ciel.

Bien que l’histoire des tours de contrôle soit encore bien méconnue, nous avons des centaines d’anecdotes contées par des contrôleurs qui nous sont parvenues. Les appareils sont en perpétuel mouvement dans le ciel et il faut se rappeler que, quelque part sur la surface du globe, il y a toujours un aiguilleur du ciel qui protège des centaines de vies. Parfois, l’appareil se trouve au-dessus de votre tête et il ne s’écrase pas grâce à ses précieuses indications.

Crédits photos :
- Pour la photo de couverture, il s'agit d'une photo de la tour de contrôle principale de l'aéroport de Munich (MUC/EDDM) en Allemagne. Elle a été prise par Julian Herzog et provient de Wikipédia.
- La première image dans le corps de l'article est une carte postale datant de 1936 et représentant la tour de contrôle de Croydon, un aéroport londonien aujourd’hui disparu.
- La seconde illustration dans l'article est une carte de l'aéroport de Paris Charles-de-Gaulle (CDG/LFPG) où l'on voit l'emplacement des quatre tours de contrôle. Elle provient de Google Earth.