Histoire de crash (08/11) : Suicide aux commandes

Histoire de crash (08/11) : Suicide aux commandes

Je ne vous apprends rien : depuis la nuit des temps, les hommes rêvent de voler. Et ils se sont donnés mille et un moyen d’y parvenir. Une fois qu’ils avaient accomplis cette tâche, ils ont continué à espérer toujours plus grand. Toujours plus haut. Cependant, dès que la face du monde a changé, dès qu’elle a été plongée dans des états de guerre, les hommes ont fait fonctionner leur esprit pour les mettre au service de l’aéronautique militaire. C’est ainsi que des bombardiers et des chasseurs provoquèrent la mort de milliers de personnes. Mais une fois les conflits passés, l’aviation civile reprend le dessus et les passagers sont de plus en plus nombreux à voyager. Les avions ne sont donc plus des objets destinés à faire des morts volontaires. 

Sauf que dans le cas du vol Germanwings 9525, le copilote, Andreas Lubitz, a décidé de changer la donne et de provoquer la mort de 150 personnes. Nous connaissons largement le sujet, il a été très médiatisé. D’autant plus qu’il a eu lieu sur notre territoire national. 

Il est quand même important que nous revenions sur l’évènement en lui-même. Nous sommes le 24 mars 2015 à l’aéroport de Barcelone El-Prat (BCN/LEBL). Un Airbus A320 de la Germanwings s’aligne sur la piste de décollage et prend son envol à 10h (heure française). 26 minutes plus tard, l’appareil atteint son altitude de croisière à savoir 38 000 pieds, altitude à laquelle la procédure autorise le commandant de bord à s’éclipser le temps d’aller aux toilettes. La règle du cockpit stérile ne s’applique plus au-delà de 10 000 pieds. 

À 10h29, l’appareil entame une descente rectiligne de 3 000 pieds par minute. Le taux de descente habituel pour un A320 en préparation d’atterrissage est de 1 500 pieds par minute. Cette manœuvre-là, Andreas Lubitz la connaissait : il l’avait faite plusieurs fois pendant le vol aller. Il voulait être sûr que tout se passerait comme il l’avait prévu. Les médias ont longuement débattu sur la santé mentale de ce copilote. Il avait caché à tout le monde son syndrome psychosomatique de burn-out, remettant en question la capacité des compagnies à mettre en place des processus adaptés dans le suivi des employés. 

Revenons-en aux faits : à 10h41, la station sismologique de Grenoble enregistre une secousse au sol. Les contrôleurs aériens suivaient l’avion depuis de longues minutes déjà et avaient compris ce qu’il s’était passé. En effet, dès le début de la descente, les aiguilleurs du CRNA (Centre en Route de la Navigation Aérienne) d’Aix-en-Provence avaient cherché à entrer en contact avec l’appareil. Soupçonnant un problème à bord, ils ont demandé à un autre avion qui se trouvait dans la zone de tenter de communiquer. Toujours sans réponse, ils décidèrent de faire décoller deux chasseurs que le copilote a volontairement ignoré. 

Graphique d’altitude de l'appareil

Dans une atmosphère que l’on imagine aisément insoutenable, les premiers survols de la zone permettent d’identifier à 12h10 les débris de l’appareil. Les secours essaient d’intervenir au plus vite mais compte tenu de la violence apparente du choc et le caractère escarpé de la montagne, l’espoir de retrouver des survivants est quasi nul. 

Et c’est ainsi que dans un plan suicidaire parfaitement orchestré, Andreas Lubitz prenait la vie des 144 passagers et 6 membres d’équipage qu’il avait sous sa responsabilité. Ces accidents sont surement ceux qui ont le plus de résonance puisqu’ils sont rares et extrêmement médiatisés. Depuis 1980, 6 cas de suicides aux commandes d’un appareil ont provoqué la mort de l’ensemble des passagers, mêmes si certains d’entre eux sont toujours discutés nous ne pouvons que souhaiter que ce chiffre n’augmente pas. 

Crédit photo : Pour la photo d’en-tête, nous retrouvons l’appareil accidenté un an avant le drame. La photo est issue de Wikipédia et a été prise par Sébastien Mortier.
Dans le corps de l’article nous retrouvons un graphique d’altitude réalisé par Giovanni Rafael di Rosario Garcia et proposé sur Wikipédia.