Histoire de crash (03/11) : Négligence dans le poste de pilotage

Histoire de crash (03/11) : Négligence dans le poste de pilotage

Pour ce troisième volet de nos histoires de crash, nous allons mettre en lumière un accident qui a fêté ses 30 ans ; quel anniversaire funeste, je vous l’accorde. Comme à chaque fois, le titre vous a donné un indice : on va éclairer une négligence dans le poste de pilotage.

Nous sommes donc le 3 septembre 1989 à l’aéroport brésilien de Marabá (MBA/SBMA) qui venait d’accueillir le vol RG254 de la compagnie Varig. Ce vol national reliait l’aéroport de Guarulhos de São Paulo (GRU/SBGR) à celui de Belém (BEL/SBBE), et venait d’effectuer sa dernière des cinq escales prévues. Tout semble allait pour le mieux ; à 17h25, le Boeing 737-241 s’arrache du sol sans aucune difficulté. La météo n’est pas extraordinaire mais elle ne posera pas de problème pendant ce vol qui devait, gardez bien ces mots en tête, durer 40 minutes.

En parallèle de ce vol, et c’est tout l’enjeu de notre étude du jour, a lieu un match de football. Aficionado ou pas, nous savons tous que le Brésil est un pays de ballon rond ! Les passagers, qui n’ont aucun contact avec le plancher des vaches pendant ce vol, sont légèrement angoissés quant à l’issue possible de cette rencontre. En effet, c’est un match de qualification contre le Chili pour la coupe du monde 1990 qui aura lieu en Italie. Alors, je ne vais pas faire durer le suspens plus longtemps, c’est l’Allemagne de l’Ouest qui a gagné le grand trophée. Mais, je ne vous donnerai pas le résultat du match tout de suite.

Les deux hommes dans le poste de pilotage sont les seuls à pouvoir savoir ce qu’il se passe au sol. Après avoir quitté la fréquence de l’aéroport, ils règlent leur radio sur la fréquence d’une grande radio brésilienne sur laquelle ils pourront entendre deux commentateurs sportifs donner tous les détails sur le match. Le son est très fort, nous sommes loin de l’atmosphère silencieuse d’un cockpit parce que, même si les pilotes connaissent cette route, le trajet est court ce qui rend la phase de relative « détente » impossible. Tout naturellement, le pilote automatique est enclenché. Les deux hommes ont entré le cap 270 et devait suivre le fleuve Rio Tocantins pendant 300 kilomètres. Ce point d’eau devait leur servir de repère visuel de contrôle pendant l’ensemble du vol.  

Lors de la mi-temps, d’ailleurs le Brésil mène le score, le commandant de bord en profite pour regarder par le hublot pour voir s’il repère quelque chose d’habituel. L’arrivée prévue du vol était à 18h07 ; il est 18h35 et il n’y toujours aucun aéroport dans les environs. Les deux hommes attendent d’apercevoir l’Atlantique pour entamer la descente puisque Belém se situe à l’embouchure de cet océan. À 18h55, le Brésil remporte le match : ils iront en coupe du monde, où ils perdront en huitième de finale. Le commandant se saisit de l’interphone et fait un Public Adress : explosion de joie en cabine et dans le poste de pilotage. Une fois l’enthousiasme retombé, les premières questions commencent à fuser. Dans un premier temps, il y a peu d’inquiétude puisque les deux hommes qui sont aux commandes, enfin presque, se disent que c’est un vent de face qui a pu les ralentir. Certes, mais pour accumuler un tel retard, il aurait fallu que celui-ci souffle à 400 km/h. 

Rapidement, ils font face à un autre problème, le niveau de carburant est descendu considérablement donc il va falloir trouver une solution. Ils contrôlent toutes les données et s’aperçoivent qu’ils ont entré le mauvais cap dans le pilote automatique. Je vous l’ai dit plus haut, ils ont saisi 270, alors qu’il fallait suivre le 027. Les mêmes chiffres en somme, mais pas dans le même ordre, ce qui engendre une erreur de 1 400 km. La panique envahit les deux hommes à l’intérieur du poste de pilotage. Ils ne pensent pas disposer du kérosène suffisant pour atteindre leur destination finale. Ils cherchent où est-ce qu’ils pourraient atterrir sans trop de dommages mais ils survolent la forêt : les arbres sont denses et il paraît compliqué de réussir à poser un avion dans ces conditions.

À 20h42, les deux moteurs s’arrêtent. C’est fini : ils planent. Alors ils peuvent planer, mais pendant combien de temps ? Et surtout pour aller jusqu’où ? Le commandant de bord laisse descendre l’appareil et estime que dans 5 à 6 minutes, tout sera terminé. Quelle célébration de victoire…

Il décide de sortir le train et les volets, il va arrondir sur la cime des arbres en espérant pouvoir sauver le maximum de personnes. Les premiers heurts se font entendre, la carlingue file à plus de 200km/h. Les ailes sont arrachées, les trains aussi... Il ne reste plus que le fuselage qui glisse en perçant les arbres. L’avion est entièrement détruit.

Carte montrant l’endroit où l’avion s’est écrasé

Il aura fallu deux jours aux secours pour atteindre le site du crash ; la balise d’émission de l’avion envoyait encore des signaux réguliers, et heureusement ! 35 des 48 occupants de l’avions sont vivants, y compris les deux pilotes. 

Après un vol « improvisé » de plus de 3h30, cette terrible erreur aura coûté la vie à 13 personnes. Les deux pilotes seront jugés puis condamnés puisqu’ils ont négligé la préparation du vol et l’ensemble du déroulé de celui-ci. 

Crédit photo : La photo de couverture a été prise en 1977 par Christian Volpati. C’est un Boeing 737-241 de la compagnie Varig, de la même série que celui impliqué dans notre crash.
La carte est issue de Wikipédia, elle montre l’endroit où l’avion s’est écrasé.