Histoire de crash (09/11) : météo coupable

Histoire de crash (09/11) : météo coupable

Nous entrons dans le dernier tiers de nos histoires de crashs, en effet il n’en reste plus que trois avant la fin de notre série. Lors du récit de la semaine dernière, nous avons traité du suicide du pilote Andreas Lubitz aux commandes de l’A320 de Germanwings. Aujourd’hui, la ligne d’approche est tout autre puisque nous allons nous intéresser à un accident aérien qui a eu lieu en grande partie à cause de la météo.

Nous profitons de cet article pour vous rappeler qu’un crash aérien n’est jamais dû à une seule chose, souvent c’est une enchainement d’actions plus ou moins volontaires qui provoquent un accident. Quand la météo rentre en ligne de compte, on remarque que c’est souvent des réactions de pilotes dans l’incompréhension ou la surprise qui engendrent ces accidents. 

Toutefois, dans l’histoire de crash dont nous allons traiter, nous pouvons affirmer, et ce grâce à l’enquête menée par les autorités américaines, que la météo est la grande coupable. Le 8 décembre 1963, le vol 214 de la compagnie américaine disparue Pan American World Airways, connue aujourd’hui sous le nom de Pan Am, doit relier l’aéroport de San Juan (SJU/TJSJ) sur l’île de Porto Rico à celui de Philadelphie (PHL/KPHL) dans l’État américain de Pennsylvanie en faisant escale à Baltimore (BWI/KBWI) dans le Maryland. Vous imaginez bien que tout ne va pas se passer comme prévu. 

À bord de ce Boeing 707, qui est rappelons-le le premier avion de ligne a avoir été construit en série, nous trouvons 81 occupants. L’appareil pouvait aisément accueillir plus de passagers mais comme souvent dans les vols desservant deux villes, des nombreux passagers avaient débarqué à Baltimore. Sur les 140 personnes qui se trouvaient originellement à bord, 67 d’entre elles ont quitté l’aéronef. Durant l’escale, aucun membre d’équipage n’a signalé quelconque problème. Une fois le refueling terminé, le 707 est prêt à reprendre les airs. 

Durant le vol, rien à signaler non plus. Dans la mesure où l’appareil s’approchait de l’aéroport de Philadelphie, le pilote rentre en contact avec le contrôleur d’approche qui lui signale qu’il y a une ligne orageuse dans les environs. Conscient de la dangerosité de la traversée d’un orage, le contrôleur laisse le choix à l’équipage de choisir s’il veut procéder directement jusqu’à la piste ou s’il préfère entrer dans un circuit d’attente pour laisser la perturbation passer. Le pilote du Clipper 214 choisit le circuit, il y sera avec cinq autres appareils et devra se justifier d’un retard de 30 minutes. Il a choisi la sécurité, peu importe ce que la compagnie en pensera. 

20h58, c’est l’heure précise à laquelle l’appareil a été touché par la foudre. Dans la foulée, le pilote lance un dernier message à la tour « MAYDAY MAYDAY MAYDAY. Clipper 214 out of control. Here we go » : je doute que la traduction soit réellement capitale mais vous comprendrez que l’aéronef est hors de contrôle et qu’il se dirige droit vers le sol. Moins d’une minute plus tard, le contrôleur reçoit un nouveau message qui lui est envoyé par le premier officier d’un Lodestar de National Airlines. Celui-ci dit « Clipper 214 est en flamme et il fonce droit vers le sol ». Il n’y a plus de doute, l’avion va s’écraser et ça va arriver très vite et très fort. 

Débris de l’avion, issue des archives du NTSB

Tous les occupants de l’appareil ont perdu la vie. Le mot appartient alors à la CAB (Civils Aeronautics Board), l’ancêtre du NTSB. Ils ont la lourde, mais essentielle, tâche de définir les causes du crash. Les recherches se concentrent d’abord sur des turbulences violentes qui auraient pu déchirer le fuselage. Mais rapidement les enquêteurs sont obligés de constater que le fuselage porte des traces d’impacts de foudre. En effet, la foudre aurait frappé l’appareil et enflammé les réservoirs. L’aéronef a alors pris entièrement feu et est devenu incontrôlable.

Avant cet accident, aucun cas de foudroiement fatal d’appareil n’avait été recensé. Après, plusieurs cas ont été remarqué mais celui-ci est évidemment le plus grave. Aujourd’hui, on estime qu’un liner, quel qu’il soit, serait touché par la foudre environ deux fois par an. Cela est en réalité sans grande conséquence puisque les constructeurs ont conçu les appareils comme une cage de Faraday. Quoiqu’il en soit, l’avion est le moyen de transport le plus sûr du monde et ce, même si vous êtes dedans lorsqu’il est frappé par la foudre. 

Crédits photos :
- Pour la photo de couverture, nous avons choisi de vous montrer le Boeing 707 de la compagnie Pan Am impliqué dans le crash. La photo a été prise aux alentours de 1958 par un photographe inconnu, elle se trouve sur Wikipédia.
- Dans le corps de l’article, vous pouvez retrouver une image des débris de l’avion. Celle-ci a été prise quelques heures après le crash et appartient aujourd’hui aux archives du NTSB.