Histoire de crash (04/11) : Mauvais entretien

Histoire de crash (04/11) : Mauvais entretien

Vous l’aurez peut-être remarqué lors des trois précédentes histoires de crash, nous avons essayé de choisir un appareil différent par crash. Aujourd’hui, il s’agira donc d’une Queen Lady, un de ces merveilleux Boeing 747. 

Le thème du jour concerne les défauts d’entretien. Nous le savons, un appareil a besoin d’être correctement soigné, il passe de nombreux moments de sa vie a être entièrement inspecté, nettoyé et réparé, le tout pour assurer notre sécurité au quotidien. Enfin, faut-il encore que cela soit fait correctement. Sinon, ce titan de fer devient très dangereux. 

Notre crash a eu lieu le 12 août 1985, et inutile de faire planer le doute en vous : c’est l’accident aérien impliquant un seul appareil le plus meurtrier de l’histoire de l’aviation. L’appareil, un 747 SR immatriculé JA8119 appartenant à la compagnie aérienne Japan Airlines, a été préparé pour le vol régional JL123 reliant l’aéroport de Tokyo (HND/RJTT) à celui d’Osaka (ITM/RJOO). D’ordinaire, c’est un vol court, une petite heure tout au plus. À bord de l’appareil, 524 passagers ont embarqué. Aux commandes on trouve Masami Takahama, un pilote très expérimenté. Il est épaulé par un copilote qui a moins d’heures de vol mais qui tout est fait qualifié.

Peu de temps après son décollage, douze minutes en réalité, un bruit d’explosion parcourt toute la carlingue. Toutefois, l’identification du problème n’est pas immédiate. Ce n’est pas la faute des pilotes, c’est que perdre une gouverne de direction c’est quand même rarissime. La cabine est donc dépressurisée et l’appareil devient incontrôlable puisque tous les systèmes hydrauliques ont été sectionnés. Immédiatement, le pilote demande un retour en urgence sur Haneda ; il veut pouvoir disposer d’une route entièrement dégagée et d’un atterrissage à sa guise. Rappelons qu’ils ne peuvent pas choisir de trajectoire, ils demandent successivement plusieurs aéroports mais ils ignorent encore s’ils seront apte à les rejoindre. 

L’altitude de l’appareil reproduit sensiblement la trajectoire d’une montagne russe, en régulant les gaz ils essaient de se stabiliser pour avoir un temps de préparation supplémentaire. Mais il faut réfléchir vite. Les pilotes se battent pendant 30 minutes mais, ils n’y arriveront pas. Ils sont à une altitude de 13 000 ft lorsque que l’appareil entame une descente en piqué, il fit un tonneau et s’écrasa sur une montagne à proximité du village d’Ueno.

Carte montrant l’horrible trajectoire du Boeing 747 de Japan Airlines

Le bilan final fait état de 520 morts sur les 524 occupants de l’appareil, toutefois, les secours ont mis 12 heures à atteindre le site. Les médecins légistes ont déterminé que certaines personnes ayant survécu au crash seraient mortes dans l’attente d’un sauvetage. 

Image générée par ordinateur montrant l'appareil lors de la perte de la gouverne de direction et donc aussi de la dérive verticale

Alors maintenant, vous vous demandez surement pourquoi la dérive a cédé ! Il y a eu de multiples hypothèses mais permettez moi d’en venir directement aux résultats de l’enquête. En 1978, l’appareil avait été impliqué dans un autre accident, c’était bien moins grave naturellement. La queue de cet avion avait touché la piste pendant un décollage. Très logiquement, l’appareil est immédiatement parti en maintenance avant de reprendre les airs. C’est le constructeur Boeing lui-même qui a effectué les réparations. Normalement, la pièce devait comporter une double rangée de rivets mais les ingénieurs ont utilisé deux pièces à une seule rangée de rivets. Ce n’est pas la même chose et ça a clairement réduit la résistance de cette partie de l’aéronef. Après cela, l’appareil a été remis en service et a effectué 12 319 rotations (un cycle atterrissage + décollage). Mais pendant toutes ces actions, de micro fissures se sont formées et ont parcouru l’arrière de la carlingue. L’arrêt de mort de l’avion était signé ; il ne restait plus qu’à savoir sur quel passager malchanceux ça allait tomber. 

Cette négligence grave a eu un grand retentissement dans la sécurité aérienne. Toutes les autorités insisteront davantage sur la nécessité de respecter les procédures. Le choix des pièces ne peut être laissé au hasard, un avion est soumis à des conditions extrêmes et les matières choisies doivent remplir ces exigences là. La compagnie a été incriminée puisque les pilotes avaient été nombreux à signaler des sifflements intermittents, ce qui suggérait un problème au niveau du fuselage. Le responsable de la maintenance s’est suicidé et le président de la compagnie Japan Airlines a démissionné.

Sources des photos : La photo de couverture provient de Wikipédia, elle a été prise par Harmarc. C’est cet appareil qui s’est écrasé.
Dans le corps de l’article vous pouvez trouver un shéma expliquant où se trouve exactement la dérive de direction, issue du site lavionnaire.fr.
Il y a aussi une carte montrant l’horrible trajectoire du Boeing 747 de Japan Airlines, provenant de Wikipédia.
La dernière photo est une imagegénérée par ordinateur montrant l'appareil lors de la perte de la gouverne de direction et donc aussi de la dérive verticale ; elle est aussi issue de Wikipédia.