Histoire de crash (06/11) : Intervention extérieure

Histoire de crash (06/11) : Intervention extérieure

Aujourd’hui, nous aimerions vous faire part d’une histoire de crash un petit peu spéciale. En effet, le thème du jour est « l'intervention extérieure » ; malheureusement, celle-ci n’est pas providentielle. Dans le cas du vol 961 de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines, nous allons plutôt parler de grand malheur : de la main de quelques hommes qui en détruisent la vie de centaines d’autres. Alors évidemment, le commandant de bord de notre appareil, Leul Abate, aurait pu entrer dans la catégorie « notre pilote, ce héros » puisqu’il s’est battu jusqu’au dernier moment pour sauver ses passagers. Mais malheureusement, l’intervention extérieure a été plus forte.

Nous sommes donc les spectateurs d’une tragédie qui a eu lieu le 23 novembre 1996. L’appareil, un Boeing 767-200ER de la compagnie Ethiopian Airlines, reliait les aéroports d’Addis-Abeba (ADD/HAAB) en Éthiopie, de Nairobi (NBO/HKJK) au Kenya, de Brazzaville (BSV/FCBB) au Congo, de Lagos (LOS/DNMM) au Nigeria et d'Abidjan (ABJ/DIAP) en Côte d’Ivoire. À son bord se trouvaient 175 passagers. 

Lors de l’embarquement, rien de spécial ne fut détecté. Mais lorsque l’appareil entre dans l’espace aérien kenyan, les passagers et membres d’équipages découvrent bien malgré eux que toutes les personnes à bord ne sont pas là pour la même raison. En effet, trois d’entre eux semblent avoir décidé de changer considérablement l’issue du vol. Trois jeunes hommes, de moins de 20 ans d’ailleurs, forcèrent alors la porte du cockpit. Une fois à l’intérieur, ils menacèrent de faire exploser une bombe. Ils en étaient conscients ; les commandants de bord savent piloter un avion : Leul Abate pourra les emmener où ils le souhaitent. Enfin ça, c’est ce qu’ils croient. Alors qu’ils demandent à voler vers l’Australie, le pilote leur répond que manifestement il n’aura pas assez de carburant. Les escales sont nombreuses durant ce vol, ils peuvent être ravitaillés pendant celles-ci. Ils n’emportent ainsi pas énormément de kérosène à bord des réservoirs. Évidemment les hommes ne le croient pas et le force à mettre le cap sur un aéroport australien.

L’équipage sait que c’est pertinemment impossible donc ils décident de voler le long des côtes pour ne prendre aucun risque une fois que l’appareil devra atterrir en catastrophe par manque de carburant. Au moment où cela arrivera, il a l’intention de dire aux pirates de l’air qu’il faut atterrir d’urgence et que de toutes manières, ils n’iront pas plus loin. Lorsque, comme prévu, le Boeing est à cours de carburant, les moteurs se coupent presque simultanément. Dans un élan de génie, le pilote déploie la RAT (Ram Air Turbine), une sorte de petite éolienne de secours qui permet aux pilotes de garder quelques-unes de leurs fonctions. Mais rapidement un problème se pose : les volets qui servent à freiner l’avion restent inopérants. L’atterrissage, s’il aboutit, sera brutal et risqué puisque le freinage sera considérablement affaibli.

Les pirates de l’air sont toujours dans le poste de pilotage et l’ambiance se fait de plus en plus pesante. Il faut trouver une porte de sortie et rapidement. Le pilote décide de tenter le tout pour le tout et d’atterrir à l’aéroport international du Prince Saïd Ibrahim (HAH/FMCH) situé au nord de la Grande Comores. Évidemment, il doit le faire dans une grande discrétion, mais, juste avant d’entamer son approche finale, une bagarre éclate dans le cockpit et la seule option qui se présente au commandant est un amerrissage forcé dans la baie de Galawa Beach. Comme nous le montre la vidéo prise par des touristes ce jour-là, l’aile gauche du Boeing 767 a heurté l’eau en premier. De nombreux passagers étaient encore vivant après l’impact.  

Toutefois, l’enquête a révélé que pendant l’évacuation de l’appareil nombre d’entre eux avaient déployés leurs gilets de sauvetage alors qu’ils se trouvaient encore dans l’aéronef. Ne pouvant circuler librement dans les allées, ils moururent noyés avant d’avoir pu sortir. De plus, vous pouvez voir sur le plan qu’il n’y avait pas réellement de bonne ou de mauvaise place pendant cet accident. 125 des 175 passagers sont morts. Les pirates de l’air, sûrement à cause de la violence du choc, sont morts aussi. Cependant, les deux pilotes de ce vol ont survécu. 

Plan montrant l’intérieur de l’appareil avec les sièges de ceux qui ont survécu ou non au crash

Ne sachant pas concrètement comment appréhender l’acte héroïque de ces deux pilotes, les autorités ont d’abord mené une enquête longue et éprouvante avant de laisser ces héros retourner aux commandes d’un appareil. Ils furent récompensés pour leur bravoure et leur sang-froid pendant le drame. Ils reçurent les honneurs de la part de la Flight Safety Foundation. Bien que profondément impactés par la sensation de ne pas avoir pu sauver tout le monde, ils reprirent leur place chez Ethiopian.

Même avec plus de 20 ans de recul, ce crash est toujours analysé de la même façon : l’équipage a su trouver une solution plus que satisfaisante à une situation qui semblait les avoir condamnés. Ces pirates de l’air n’avaient pas peur de mourir et nous l’avons appris à nos dépends le 11 septembre 2001 : un avion qui s’écrase sur une ville fait extrêmement de dégâts.

Source des photos : Pour la couverture, il s’agit d’une reconstitution informatique du moment où l’aile de l’appareil touche l’eau. Issue de Wikipédia et réalisée par Anynobody.
La vidéo se trouve sur YouTube, elle a été prise par des vacanciers.
La photo est un plan montrant l’intérieur de l’appareil avec les sièges de ceux qui ont survécu ou non au crash. Issu de Wikipédia par Fred de Oyster