Centenaire de la compagnie néerlandaise KLM

Centenaire de la compagnie néerlandaise KLM

100 bougies pour la plus vieille compagnie aérienne du monde à être encore en service aujourd’hui ! Chers lecteurs, vous n’imaginez pas depuis combien de temps je rêve de vous conter l’histoire de la Koninklijke Luchtvaart Maastchappij, que vous connaissez évidement sous le nom de KLM Royal Dutch Airlines.

La compagnie porte drapeau néerlandaise fête aujourd’hui, lundi 7 octobre 2019, son centenaire. Alors, comme nous dirions au Pays-Bas, « Gefeliciteerd met je verjaardag* » ! Aujourd’hui, KLM est dans tous les ciels, mais 100 ans d’histoire, c’est long ! Il s’en est passé des choses ! Nous aimerions, dans cet article non exhaustif, mettre en lumière quelques-un des grands moments de la compagnie. Évidemment, nous ne pouvons pas réécrire toute l’histoire, mais nous allons quand même vous éclairer sur des évènements qui nous paraissent important. 

* « Joyeux anniversaire » en néerlandais.

Contrairement à ce que vous pourriez penser, nous allons remonter un tout petit peu avant la création de la compagnie. Nous sommes alors à l’été 1919, cinq ans après le début de la première guerre mondiale. L’Europe est à feu et à sang mais les néerlandais étaient neutres pendant le conflit. Cela a ses avantages mais aussi ses inconvénients : ils sont très en retard pour ce qui est du domaine de l’aviation.

Portrait d'Albert Plesman

Un homme, le docteur Albert Plesman, un jeune aviateur, prend conscience de ce manque et décide de pallier à celui-ci. Il organise donc la première exposition aéronautique néerlandaise à Amsterdam le 1er août 1919. Cet événement est un franc succès et notre homme, un grand pragmatique, veut créer une compagnie aérienne pour permettre des liaisons régulières depuis et vers le Pays-Bas. À l’annonce de cette nouvelle, la reine Wilhelmine donne immédiatement son accord pour la création d’une compagnie « royale », une compagnie d’État donc. Ainsi, le 7 octobre 1919 avec un capital de départ d’1,2 millions de florins néerlandais (soit un peu plus de 500 000 euros), la compagnie KLM voit le jour. Alors vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’un regroupement de plusieurs entités déjà existantes, ni d’une corporation de compagnies. KLM est née d’elle même. 

Il a fallu attendre le 17 mai 1920 pour que le premier avion aux couleurs de KLM prenne son envol. Pour ce vol inaugural, nous trouvons Jerry Show, premier pilote de la compagnie, aux commandes. Le trajet reliera Londres à Amsterdam à bord d’un De Haviland DH-16. Dans cette même année, KLM transportera 345 personnes et 25 000 kilogrammes de fret, dont beaucoup de courrier. Ces données s’expliquent par la multiplication des lignes à l’intérieur même du continent européen. Depuis l’aéroport de Amsterdam Schiphol (AMS/EHAM), vous pouviez vous rendre à Bruxelles, Paris, Copenhague ou encore Malmö.

Le Pays-Bas est un petit État, son territoire fait en tout et pour tout 41 000 km2 (soit 15 fois moins que la France). Le ciel est ainsi le seul endroit dans lequel ils peuvent dépasser toutes les frontières, relier toutes les terres. Le deuxième attribut incontournable de la royauté néerlandaise c’est sa possession de nombreuses colonies. Elle se trouvent partout dans le monde et constituent aujourd’hui encore, nous le verrons, des destinations clés dans les liaisons de la compagnie.

Fokker VII de KLM

C’est donc tout naturellement qu’en octobre 1924, la compagnie KLM ouvre une ligne intercontinentale vers Batavia (aujourd’hui Jakarta), dans les Indes néerlandaises. Ce trajet est effectué par un Fokker V-II, un avion entièrement de conception néerlandaise qui faisait la fierté de la compagnie et de ses pilotes. D’ailleurs, après bien des années de bons et loyaux services, les derniers Fokker 70, comme les Fokker 100, ont été retirés de la flotte en 2017. Leur mise en retraite, bien que méritée, a provoqué l’émotion des pilotes et des passionnés. 

Fokker 70 après avoir réalisés leur dernier vol

Faisons un saut dans le temps d’une décennie pour arriver jusqu’au mois de décembre 1934, pendant lequel KLM réalise le premier vol transatlantique commercial de son histoire pour relier Amsterdam à l’aéroport de Willemstad sur l’île néerlandaise de Curaçao (CUR/TNCC), avec un Fokker XVIII. Nous l’avons évoqué, les colonies ont une place centrale dans l’économie néerlandaise, par conséquent, celles-ci doivent être efficacement reliées entre elles et avec la royauté siégeant au Pays-Bas. 

En 1935, KLM commence à être connue ; elle progresse dans une grande prospérité et comprend qu’il est nécessaire de développer une image de marque. Ainsi, pour le confort de leurs passagers mais aussi pour la sécurité et surtout, pour incarner des valeurs de soin et d’attention envers la clientèle, ils placent des personnels navigants (quatre femmes et trois hommes pour débuter) sur leurs liaisons les plus longues. Aujourd’hui ce sont plus de 10 000 hôtesses et stewards qui sillonnent le ciel vêtus du bleu de KLM. 

Toutefois, l’entre-deux-guerres ne dure qu’un temps et le deuxième conflit mondial approche à grands pas. Et, même si le royaume des Pays-Bas s’est déclaré comme neutre, il subit un bombardement allemand en mai 1940. Les nazis cherchent, le plus logiquement du monde, à détruire tout ce qui pourrait permettre au pays d’aider les alliés. Ainsi, ils larguent des bombes sur la base de Schiphol où KLM entrepose ses avions et détruisent 18 des 27 appareils qui s’y trouvaient. Tout aussi brusquement, l’ensemble des vols purement commerciaux s’arrête et la compagnie décide de soutenir, comme elle peut, les alliés en faisant ce qu’elle sait faire de mieux : transporter des passagers. 

DC-3 de KLM à Manchester

Ainsi, six appareils servent de renfort à la compagnie British Overseas Airways Corporation (BOAC) pour transporter des passagers et du matériel entre l’Angleterre et le Portugal. Ils opèrent ces vols avec des DC-3 qui ont d’ailleurs été attaqué de nombreuses fois, une seule fois tragiquement tuant tous les passagers du vol BOAC 777 le 1er juin 1943. D’autres aéronefs aidaient les réfugiés à partir lors des attaques japonaises dans les Indes néerlandaises. C’étaient des trajets longs et éprouvants, et surtout très périlleux. Il fallait éviter les pannes ou les abordages aériens par les flottes ennemies. 

Une fois la guerre terminée, la couronne néerlandaise, qui doit reconstruire ses villes et ses campagnes, réinvestit dans sa compagnie porte-drapeau afin de permettre le rachat de nouveaux appareils, la construction de l’aérogare de Schiphol et la rénovation immédiate des pistes pour permettre les atterrissages et les décollages. Le trafic aérien au départ d’Amsterdam reprend dès septembre 1945 et s’oriente dans un premier temps vers les villes d’Europe.

Cependant, la « remise en forme » est rapide pour KLM : elle sait de quoi elle est capable. Elle sait qu’elle a déjà une place prépondérante dans les ciels de la quasi totalité du globe. En mai 1946, elle instaure la première ligne régulière du monde allant vers New York depuis l’Europe. Le projet vise d’abord les soldats à rapatrier les familles qui souhaitent immigrer ou encore les amoureux de guerres qui voudraient se retrouver. Rapidement, New York devient l’un des points névralgiques de la planète et de plus en plus de voyageurs, que ce soit pour le travail ou pour le tourisme, veulent s’y rendre. Il faut savoir que les néerlandais sont reconnaissants de l’aide qu’ont apporté les pays d’Amérique du Nord aux alliés ; ils sont aujourd’hui encore immensément reconnaissant envers les canadiens qui les ont libérés du joug nazi. Cette ligne historique est comme une évidence pour eux. Les liaisons depuis et vers le « jeune » continent sont nombreuses au quotidien depuis Schiphol. 

Repas en classe économique à ses débuts

La conjecture économique des années 50 engendre une grande expansion du trafic aérien couplée à une explosion des taux de fréquentation des appareils. La compagnie a accueilli 365 000 passagers en 1950 et près de 9 715 000 en 1980 ! Cette augmentation fait germer une idée chez KLM. Pour rendre les tarifs plus attractifs la compagnie décide de créer une classe « touristique » en 1952 dont les billets sont en moyenne 32% moins chers ; elle s’apparenterait aujourd’hui à la classe « Premium Economy ». Pour continuer sur cette lancée, ils créent en 1958 une classe « économique » telle que nous la connaissons aujourd’hui et pour laquelle les billets coûtent encore 20% de moins. Ces stratégies permettent d’augmenter le taux de fréquentation de 27% en moins de trois mois. 

Équipage de KLM devant un ours au pôle nord

Que serait une compagnie aérienne sans des aventures ? Des vols périlleux ? Des destinations du bout du monde ? Rien. Et ça, KLM l’a compris. En 1958, elle lance une liaison vers Tokyo avec une escale au pôle nord. La scène devaient être assez épique puisque les passagers et les membres d’équipages étaient emmitouflés pendant l’escale. Ils avaient reçu un entrainement particulier avec des notions de survie et surtout, ils étaient équipés de matériel anti-ours au cas où une attaque surviendrait. 

Toutefois, et c’est ce qui caractérise aussi une compagnie efficace, au-delà de la création de nouvelles routes, il faut aussi améliorer les anciennes. C’est ainsi qu’en 1960, KLM reçoit son premier avion à réaction, un DC-8, qui permet de relier l’Amérique du Nord en 7 heures au lieu de 24 heures en bateau. Il ne faut pas se leurrer, les néerlandais et autres européens empruntaient encore largement la voie maritime pour traverser l’Atlantique. Mais c’est un pari réussi pour la compagnie, cette liaison devient de plus en plus populaire grâce à l’utilisation du DC-8 américain.

Aéroport de Schiphol en 1967

Schiphol, qui a été un aérodrome, est aujourd’hui un aéroport international de grande renommée. Mais il faut savoir qu’il a toujours été fidèle à KLM. Le premier appareil y a atterri en 1916 et c’est à priori pas demain que ça devrait s’arrêter. C’est en 1967 que s’achèvent ses travaux de rénovation et de modernisation. Quelques mois plus tard, il accueille le premier Boeing 747 de la compagnie KLM. La Queen Lady effectue des liaisons avec 353 passagers à son bord et, pour cette époque, ce n’est pas rien ! Rappelons que c’est à peine moins que toute l'année 1920. Aujourd’hui, moins d’un tiers des trajets long-courrier sont effectuées en 747, et leur retrait semble proche. Il aura effectué plus de 50 ans de bons et loyaux services ! À la place KLM opère des Boeing 777 et 787, et quelques Airbus A330 qui sont plus modernes et plus économiques.

Carte du programme de fidélité de KLM en 1991

La compagnie néerlandaise est pionnière européenne du programme de fidélisation des passagers. En 1991, Flying Dutchman vous conférait des avantages et des réductions sur vos voyages à bord de la compagnie couronnée. Après sa fusion avec Air France, celui-ci deviendra Flying Blue. Fusion sur laquelle nous ne nous attarderons pas, parce qu’elle concerne surtout l’actualité d’un groupe et que cet article est dédiée à l’entité pure de KLM dont nous fêtons les 100 ans aujourd’hui.

Puisque nous sommes revenu sur les 100 ans de la compagnie, il est temps de vous parler de l’évolution de l’identité visuelle de celle-ci. Un siècle c’est long ! Et le logo de la compagnie a changé seize fois pendant cette période. Voyons ça d’un peu plus près : la compagnie a commencé avec un logo simple et efficace (1919-1921-1926) mais nous pouvons constater qu’à l’approche du conflit, il prend une couleur orange (1938), symbole de la royauté néerlandaise et vire jusqu’au rouge (1938) qui paraît dur et prêt à combattre. 

Après la seconde guerre mondiale, le style du logo semble se détendre : c’est la grande reprise dans toute l’Europe et il y a une profonde volonté de partager un sentiment rassurant de bonne humeur et de confiance. Le logo prend alors des couleurs et des lignes. Mais, il se cherche encore en changeant de nombreuses fois (1949-1950-1951-1956-1958-1959). 

En 1961, les dirigeants de la compagnie font une enquête publique auprès des passagers sur l’image qu’ils avaient de KLM. Les termes qui ressortent le plus sont « hospitalité », « ponctualité » et « propreté » : c’est une pure mentalité néerlandaise et le logo se devait de refléter cela. Ainsi, il devient beaucoup moins excentrique et prend des allures plus modernes (à partir de 1963). 

Depuis 1991, le logo est le même, ou presque. Les concepteurs ont cherché à le rendre encore plus identifiable des passagers. Ils lui attribuent une seule couleur qui facilitera grandement la vie des peintres ; il fallait penser à eux aussi : le bleu KLM. Il est unique et est maintenant reconnaissable par tous. Il changera quelque peu pour y ajouter « Skyteam » (2004) ou encore « Royal Dutch Airlines » (2011). 

Même si le logo de la compagnie n’a pas changé, un nouveau design a été imaginé pour fêter leur centième anniversaire (2019). Vous pouvez le retrouver sur le fuselage de tous les appareils depuis quelques mois. Il englobe le mot KLM et arbore un joli ruban aux couleurs du drapeau néerlandais. 

Nous avons, par cet article, essayé de retracer 100 ans d’histoire, 100 ans de souvenirs et d’expériences qui habitent chacun d’entre nous. Alors peut-être que vous avez déjà voyagé à bord d’un appareil de la compagnie néerlandaise KLM, si ce n’est pas le cas j’espère vous en avoir donné envie ! Aujourd’hui, KLM c’est 170 appareils et 135 destinations dans 35 pays, et ce n’est pas prêt de s’arrêter ! La compagnie a clairement annoncé sa volonté de regarder vers le futur pour des voyages encore plus malins, et de plus en plus propre. 

Nous lui souhaitons encore un joyeux anniversaire et espérons vous retrouver pour fêter son bicentenaire !

Sources photos :
# 1 : La photo de couverture a été empruntée au site de la compagnie KLM, elle représente le passage du passé au présent.
# 2 : Portrait de Albert Plesman, extrait de Wikipédia.
# 3 : Fokker VII, immatriculé H-NADK ; le cliché est exposé au musée de l’Air et de l’Espace de San Diego.
# 4 : Fokker 70 alignés à l’aéroport de Schiphol après avoir réalisés leur dernier vol. Issue du site de KLM.
# 5 : DC-3 de KLM à l'aéroport de Manchester ; cliché par RuthAs, issue de Wikipédia.
# 6 : Repas en classe économique aux débuts de celle-ci. Issue du site de KLM.
# 7 : Équipage de KLM devant un ours au pôle nord. Issue du site de KLM.
# 8 : Schiphol en 1967. Issue de la page web des archives nationales néerlandaise.
# 9 : Photo de la carte du programme de fidélité de KLM établi en 1991. Issue du site web de KLM
# 10 - 26 : logos de la compagnie KLM et leurs évolutions. Extraits du site web de celle-ci
# 27 : Photo issue du site de KLM