Air France : La French-Touch de l’aérien (4/4)

Air France : La French-Touch de l’aérien (4/4)
De la fin du XXème siècle à aujourd’hui

Depuis les années 60, Air France n’a cessé de se développer. Dès les années 70, la compagnie reçoit ses premiers très gros porteurs comme le Boeing 747. Elle accueille également son premier Concorde au milieu des années 70. Durant ces 50 dernières années, Air France s’est modernisée et bien développée. Mais comment est-elle parvenue à devenir la compagnie qu’elle est aujourd’hui, la troisième d’Europe en nombre de passagers, après Lufthansa et Ryanair ?

Terminal 1 de Roissy Charles de Gaulle, par ADP / Airporthistory.org

Pour faire face à la saturation de l’aéroport d’Orly (ORY/LFPO) au début des années 70, un nouvel aéroport voit le jour le 8 mars 1974, au nord de Paris. Baptisé Roissy Charles-de-Gaulle (CDG/LFPG), il vient alors désengorger les aéroports d'Orly et du Bourget (LBG/LFPB). C’est une bonne nouvelle pour Air France qui, avec ses nouveaux avions, peut proposer des services modernes dans une nouvelle aérogare tout aussi moderne. Étant plus grand, Roissy est capable d’accueillir des infrastructures de maintenances, de restauration, etc. Petit à petit, CDG devient la base principale de la compagnie française.

Airbus A300B2 Air France, par Christian Volpati

De plus, l’année 1974 est marquée par l’arrivée du premier Airbus dans la flotte d’Air France : l’Airbus A300. Plus grand que le 707 et disposant de seulement deux moteurs, il est moins gourmand en carburant et permet à la compagnie d’opérer ses vols à moindre coût. Le nouvel avion européen était aussi bien utilisé sur les liaison moyen- et long-courriers.

Concorde Air France, par Perdro Aragão

Le 21 janvier 1976, Air France accueille l'un des avions les plus mythiques de son histoire : le Concorde. Pouvant atteindre Mach 2.02 (soit 2 500 km/h), il est d’abord envoyé en Amérique du Sud et au Moyen-Orient. Capable de relier Paris à New York et Washington en à peine 3h30, là où il en nécessitait 8 avec le 707 ou le 747, cela permet au Concorde d'effectuer deux allers-retours dans la journée, contrairement aux appareils classiques contraints eux à une rotation quotidienne. C’est donc une bonne nouvelle pour les voyageurs qui peuvent par exemple se rendre à New York le matin et renter le soir.

Terminaux 2A et 2B de Roissy Charles de Gaulle, par ADP / Jean-Jacques Moreau

Puis viennent les années 80. Cette décennie marquera entre autres les 50 ans de la compagnie en 1983. L’ouverture du terminal 2 à Roissy permet à Air France de s’approprier de nouvelles infrastructures qui accueilleront le nouveau Boeing 737, venu remplacer les Caravelle un an plus tôt. Après 50 ans d’existence, la compagnie nationale française exploite 99 avions sur un réseau de 634 400 km (longueur de toutes les lignes mises bout à bout) dans 73 pays et 150 villes, de Tahiti à São Paulo en passant par Johannesburg et Pékin. Aussi, en 1987, Air France installe le système vidéo à bord de ses A300 et 747 permettant aux passagers de se divertir lors des longs vols.

Airbus A320 Air France, par Konstantin von Wedelstaedt

L’année d’après, c’est le réseau moyen-courrier qui reçoit un nouvel avion : l’Airbus A320. La famille A320 (composée des A318, A319, A320 et A321) est un tournant économique pour les compagnies. En effet, les pilotes sont capables de jongler entre chaque type d’appareils et ne nécessitent donc pas de réelle formation supplémentaire ; la compagnie réalise alors de belles économies.

Boeing 747-300 UTA, par Christian Volpati

À la fin de la décennie, la future Union européenne se dessine. En effet, à partir de 1995, « l’espace Schengen » permet de voyager dans les pays membres comme sur un vol national. La concurrence se fait alors ressentir en Europe. Les compagnies concurrentes d’Air France, comme UTA ou Minerve (future Air Liberté) prennent de l’ampleur. Air France commande alors 16 Boeing 747-400 supplémentaires ainsi que 7 Airbus A340 pour faire face à la demande toujours importante. En 1987, son chiffre d’affaires atteint les 32,8 milliards de francs (soit 8,5 milliards d’euros) et son résultat net est en hausse de 117 % par rapport à l'année précédente. Ces chiffres prouvent bien l’ampleur que la compagnie française prend.

Mais cette progression sera de courte durée. La guerre du Golfe et la forte hausse du dollar puis sa chute à la fin des années 70 compromettent les activités de la compagnie. Le gouvernement français regroupe alors les trois grandes compagnies françaises : Air France, Air Inter et UTA au sein du Groupe Air France. Les activités d’UTA sont finalement intégrées à celles d’Air France avant que la compagnie ne disparaisse le dernier jour de l’année 1992.

777-300(ER) Air France, par Yann Arnould / MyFlightway

En 1992, après la stabilisation d’après-crise, Air France signe des accords avec Continental Airlines et Air Canada. En octobre 1993, les personnels navigants et au sol lancent une grève qui bloquera la quasi-totalité des activités de la compagnie et des aéroports parisiens. En effet, les manifestants ont envahi les pistes et les tarmacs de Roissy et Orly. Air France est au bord de la faillite. Le gouvernement Balladur injecte 20 milliards de francs dans le capital de la firme. La même année, Air Inter est baptisée Air France Europe et Concorde reçoit une nouvelle cabine. Avec l’arrivée de Christian Blanc, nouveau PDG d'Air France, « l’expérience passager » devient une quasi-obsession. Des menus à la carte sont proposés, des bars sont à disposition, des fumoirs ainsi que des nouveaux sièges totalement inclinables sont installés à bord des avions, notamment sur le petit nouveau de la flotte, le Boeing 777, arrivé en 1998.

En 1999, Air France se rapproche de Delta Air Lines qui vient créer l’année suivante, le 22 juin 2000, l’alliance SkyTeam avec en plus Korean Air et Aeromexico. La compagnie nationale accentue sa desserte régionale en créant CityJet, Brit Air ou encore Régional Airlines, réunies dans le Groupe Air France.

Air France, KLM et Transavia, par Air France-KLM

Mais le 11 septembre 2001 vient bousculer le monde du transport aérien. Des baisses de réservations entrainent des retraits d’avions de la flotte et une baisse de trafic de 7 %. Heureusement, le trafic retrouve son activité normale dès novembre 2002, alors qu'Air France accueille ses premiers Airbus A330, venant remplacer les A310 et Boeing 767. En 2003, après 27 ans de service, le Concorde, jugé trop bruyant, pas suffisamment fiable et trop gourmand en carburant, tire sa révérence. Une grande tristesse pour grand nombre de passionnés d'aviation.

A380 Air France, par Anna Zvereva

En 2004, Air France investi des actions chez KLM. Les deux firmes fusionnent pour donner le consortium Air France-KLM. Les 777 deviennent de plus en plus présents et remplacent les 747-300 vieillissants. Suite à la concurrence des compagnies low-cost, KLM scinde une partie de sa filiale Transavia pour en faire une filiale française, dont la direction est confiée à Air France. En 2008, cette dernière accueille dans sa flotte le plus gros avion civil du monde, l’Airbus A380, capable de transporter 516 passagers dans une configuration en 3 classes, là où le 747 était limité à 450 sièges. Il sera envoyé sur les destinations les plus prisées comme New York, Los Angeles ou Tokyo.

A340-300 Joon, par Eric Salard

Lors de la crise économique de 2009, la compagnie gèle les embauches et annonce une baisse du nombre de passagers de 4 % et du fret de 12 %. Les années suivantes, Air France se remet de la crise. Elle rassemble notamment ses filiales régionales sous une seule et même compagnie : Hop!. Air France continue de recevoir de nouveaux 777, pour remplacer ses 747, retirés de la flotte en 2015. En 2016, elle reçoit son premier Boeing 787-9 et en 2017 créée sa filiale Joon, destinée à réduire les coûts d’exploitation sur les lignes où les vols d’Air France ne sont pas rentables. La jeune compagnie ne vit pas le jour bien longtemps ; elle disparaît en juin 2019 et ses opérations sont réintégrées au sein de la maison mère. Air France reçoit ses premiers Airbus A350-900, dès septembre 2019.

Airbus A350 Air France, par Yann Arnould / MyFlightway

ATR 72 Air France Hop!, par Eric Salard

Mais en 2020, comme pour toutes les compagnies, la pandémie de COVID-19 vient bousculer le monde de l’aérien. Confinements, restrictions de voyages, flottes clouées au sol et chômage font de cette crise la plus importante jamais connue par Air France. La compagnie annonce alors la suppression de 7600 postes et l’intégration des activités de Hop!, la filiale régionale, au sein d'Air France. Les derniers Airbus A340 sont retirés de la flotte, comme les 10 A380 possédés par la firme. Pour éviter la faillite de la compagnie, le gouvernement français annonce un prêt de 7 milliards d’euros à l'intention d'Air France.

A220-300 Air France, par Lucas Muller

Durant cette période, Air France accueille ses premiers Airbus A220-300, venant petit à petit remplacer les A318 et A319 vieillissants.

Avec la réception des nouveaux Airbus A220 et A350, Air France entend moderniser sa flotte. Elle s’inscrit cependant aussi dans une dynamique écologique mise en place durant ces dernières années. Les A350 viennent remplacer les A380, A340 et les plus vieux 777 de la flotte, des avions d’ancienne génération ou bien trop peu rentables. Avec ces nouveaux aéronefs, Air France s’engage à décarboner le transport aérien français. Rappelons que parmi les 7 milliards d’euros prêtés par l’État français à la compagnie, une grande partie est justement prévue à cet effet.

Ces dernières années, l’écologie est au centre des préoccupations dans le transport aérien français comme européen. L’avion est devenu très critiqué et particulièrement sur les vols intérieurs et de courte durée, où d'autres moyens de transport – plus écologiques – sont disponibles. C’est dans cette optique-ci que, conformément à la loi climat et résilience votée en été dernier, la plupart des liaisons intérieures – celles accessibles en train en moins de 2h30 – devraient être supprimées d'ici 2024 ; une exception sera faite pour les vols majoritairement empruntés par des passagers en correspondance vers une destination plus lointaine.


C’est donc ainsi que se clôt le dernier article de cette série consacrée à notre compagnie nationale, Air France.

Créée en 1933 par la fusion de quatre compagnies aériennes (Air Union, les Lignes Farman, la CIDNA et Air Orient), elle est devenue au fil des années une compagnie de renom dans le monde de l’aérien. Luxe et élégance à la française sont tout le savoir-faire de la compagnie. En acquérant toujours des avions à la pointe de la technologie, la firme n’a cessé de se réinventer au cours de son histoire. Au cours des XXème et XXIème siècles, Air France a réussi à surmonter les crises économiques et politiques. À compagnie d’exception, avions d’exception. Du DC-3 à l’A380, en passant par le Constellation, le 747 et Concorde, Air France a opéré les avions les plus emblématiques que le monde ait connu. En exportant la culture française à travers le monde, Air France est, sans conteste, la French-Touch de l’aérien à travers le monde.