South African Airways au bord du gouffre

South African Airways au bord du gouffre

South African Airlines (ou SAA) est la plus grande compagnie aérienne d’Afrique du Sud. Créée en 1934, elle opère 42 destinations depuis ou vers sa base, l’aéroport international OR Tambo de Johannesburg (JNB/FAOR). Sa flotte est essentiellement composée d’appareils Airbus, dont 7 A319, 10 A320, 6 A330-200, 5 A330-300, 7 A340-300 et 9 A340-600. Mais ce n’est pas tout, il y a également 3 Boeing 737-300 pour son activité cargo ; elle possède donc 47 appareils. South African est une compagnie membre de Star Alliance. La Star Alliance est un regroupement de compagnies aériennes créée en mai 1997. Elle reste aujourd’hui la plus importante avec ses 27 membres. Elle concurrence Skyteam ainsi que Oneworld. SAA rejoint donc cette alliance en 2006. Dans cet article, nous allons revenir sur l’histoire de cette compagnie, et la mauvaise nouvelle que nous avons apprise dernièrement.


South African Airlines a donc été fondée en 1934 par le gouvernement sud-africain à la suite du rachat de la compagnie privée Union Airways qui est la première compagnie d’Afrique du Sud, puisqu’elle fut créée en 1929 et a exercé son activité indépendamment pendant 5 ans. Les premiers vols nationaux reliaient Le Cap (CPT/FACT), Durban (DUR/FADN) et Johannesburg, pendant que les premières liaisons vers l’internationales étaient à destination des colonies britanniques du Kenya et de l’Ouganda.

Boeing 707-344C South African Airways, par Christian Volpati issue de Wikipédia

En 1945, pour donner suite à la Seconde Guerre mondiale, les vols de la South African Airlines rejoignent l’Europe. Mais il faudra attendre 15 ans pour que le tout premier Boeing 707 de la SAA atterrisse sur un aéroport européen. En 1962, une ligne sans escale relie alors le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud. C’est à partir de là que la compagnie de la Star Alliance prend ses marques en Europe.

En 1971, SAA met en service son premier Boeing 747, un an après sa mise en service. Et ce sera alors la première compagnie africaine à avoir des liaisons avec l’Amérique du Sud.

Mais les années 1970 ne sont pas toutes roses. Elles voient la montée de l’ostracisme de l’Afrique du Sud, en raison de la politique menée par le pays, qui est l’apartheid. Ainsi, plusieurs pays refusent d’établir des liaisons aériennes avec le pays africain. Certains vont à les supprimer. Les autres pays d’Afrique ferment leur espace aérien à la SAA, voire refusent des escales, ce qui obligent les vols de la compagnie à contourner le continent pour se rendre en Europe et en Israël. Néanmoins, la compagnie parvient à développer et étendre ses lignes vers l’Asie, notamment avec Hong Kong (HKG/VHHX) et Taïwan (TPE/RCTP). L’Afrique du Sud est d’ailleurs l’un des premiers et rares pays à reconnaitre la République de Chine de Taïwan.

En 1985, un an après son cinquantième anniversaire, les liaisons vers l’Amérique du Sud sont interrompues en raison du manque de voyageurs sur ces lignes. Seule la liaison avec Rio de Janeiro (GIG/SBGL) est maintenue. Au cours de années 1980, la SAA est victime de condamnations internationales envers le régime d’apartheid. Ses bureaux à l’étranger sont attaqués et ses liaisons avec les Etats-Unis sont interrompues en 1986.

En 1987, les liaisons avec Perth (PER/YPPH) et Sydney (SYD/YSSY) prennent fin pour les mêmes raisons politiques. Le gouvernement australien s’oppose strictement à l’apartheid. Le 27 novembre de la même année, le Boeing 747 du vol 295 reliant Taïwan à Johannesburg s’écrase dans l’océan indien, près de l’île Maurice. Certaines hypothèses avancent un attentat.

A la suite de l’arrivée au pouvoir de Frederik de Klerk et de la mise en place de négociations afin de démanteler le système d’apartheid, les restrictions fixées autour de SAA s’enlèvent et se desserrent autour de la compagnie. Toutes les destinations qui avaient été interrompues pour des raisons politiques s’ouvrent une nouvelle fois. De plus, certaines liaisons aériennes en Afrique et en Asie sont créées et inaugurées.

A la fin de l’année 1990, la compagnie porte-drapeau est perçue comme la meilleure compagnie aériennes par le London Magazine Executive Travel.

En 1991, la South African renouvelle sa flotte et acquiert son premier Airbus A320 et son premier Boeing 747-400. La ligne avec New York (JFK/KJFK) est de nouveau ouverte, alors que les toutes premières liaisons aériennes sont établies avec l’Egypte et le Soudan.

En 1992, la compagnie aérienne ouvre sa première liaison entre Le Cap et Miami (MIA/KMIA) et revient en Australie. Elle organise ses premières alliances internationales avec American Airlines et Air Tanzania. Des vols directs vers Bangkok (BKK/VTBD) et Singapour (SIN/WSSS) voient le jour. La croissance s’accélère entre 1993 et 1994. Les vols intérieurs sont dorénavant assurés en quatre langues (anglais, zoulou, afrikaans et sotho du sud), alors que sur les vols internationaux, ils abandonnent l’afrikaans, laissant l’anglais et la langue de la destination que rejoint l’appareil.

En 1997, SAA refait son logo et ses couleurs. Elle abandonne le springbok ailé et les 3 couleurs nationales au profit des nouvelles couleurs et d’un soleil. Le nom SAA ne figure plus sur la carlingue, mais on peut lire « South African ».

En 1998, les vols vers Buenos Aires (EZE/SAEZ) et Sao Paulo (GRU/SBGR) sont rétablis.

En 2002, SAA achète 49% des parts de la compagnie Air Tanzania. Mais en septembre 2004, la compagnie connaît d’importants problèmes financiers et renonce à acheter 15 Airbus A320.

En 2006, la SAA rejoint donc la Star Alliance. Et en 2007, la compagnie aérienne annonce une grande restructuration pour lutter contre ses problèmes financiers. Elle décide de retirer ses Boeing 747 et restreint son réseau vers l’Europe, en quittant par exemple Athènes (ATH/LGAV), Madrid (MAD/LEMD), Bruxelles (BRU/EBBR), Amsterdam (AMS/EHAM) et Paris (CDG/LFPG). South African ne dessert plus que deux pays européens : l’Allemagne avec Francfort (FRA/EDDF) et Munich (MUC/EDDM), ainsi que le Royaume-Uni avec Londres (LHR/EGLL). Et depuis 2007, d’autres grandes dessertes ont été abandonnées, comme Bangkok, Dubaï (DXB/OMDB), Houston (IAH/KIAH), Los Angeles (LAX/KLAX), Melbourne (MEL/YMML), Miami, Osaka (ITM/RJOO), Rio de Janeiro, Singapour et Sydney.

En 2012, SAA inaugure la liaison entre Johannesburg et Pékin (PKX/ZBAD), toutefois, cette ligne n’est pas suffisamment rentable, et fut supprimée au début de 2015, avec celle de Mumbai (BOM/VABB).


Enfin, en 2019, la compagnie nationale sud-africaine est au bord de l'effondrement financier après avoir payé seulement la moitié des salaires de son personnel ce mois-ci et lutté pour obtenir les fonds nécessaires à sa survie. C’est donc le dernier point, mais pas des moindres, que nous allons aborder.

La South African Airways a souffert d'une « détérioration soudaine » de ses finances après qu'une grève ait récemment interdit les vols, a déclaré mercredi Pravin Gordhan, le ministre des compagnies d'État. Le gouvernement travaille avec la compagnie aérienne « pour formuler d'urgence, les actions immédiates qui seront nécessaires pour soutenir la SAA dans la poursuite de ses activités », a-t-il déclaré. La compagnie aérienne, autrefois la plus importante d'Afrique, pourrait devoir déposer une demande de liquidation si elle ne parvient pas à garantir un fonds de roulement de 135 millions de dollars dans les prochains jours, selon des gens qui connaissent bien la question.

La SAA a besoin d'une garantie du gouvernement pour emprunter le capital des banques, mais Tito Mboweni, le ministre des finances, s'est montré réticent à approuver d'autres opérations de sauvetage.

Le sort de la compagnie aérienne pose un dilemme au président, Cyril Ramaphosa, qui s'est engagé à redresser les compagnies d'État qui ont été pillées sous son prédécesseur, Jacob Zuma. Mais il subit également des pressions pour consolider des finances publiques tendues.

La grève, déclenchée ce mois-ci par les suppressions d'emplois prévues, a immobilisé pendant plusieurs jours les vols intérieurs et internationaux de la SAA, le gouvernement de M. Ramaphosa s'étant heurté aux syndicats.

La SAA a eu besoin de milliards de dollars d'aides d'État pour rester en l'air au cours des deux dernières décennies, mais la greffe et le gaspillage l'ont amenée à lutter pour concurrencer les compagnies aériennes africaines et du Golfe qui renaissent.

« La SAA est en concurrence dans une industrie qui a la gorge tranchée et les marges sont très minces. Il y a 50 compagnies aériennes qui desservent l'Afrique du Sud », a déclaré Martin Kingston, membre du conseil d'administration de la SAA.

La compagnie aérienne n'a pas produit de comptes au cours des deux dernières années en raison de doutes quant à la continuité de son exploitation. Le Trésor de M. Mboweni a déjà accepté de rembourser 9,2 milliards de Rands de dettes qui arriveront à échéance pour la compagnie aérienne au cours des trois prochaines années. Toutefois, le mois dernier, M. Mboweni a tiré un trait sur le transfert de plus d'argent à une compagnie aérienne qu'il considère comme une subvention de classe moyenne dans une société profondément inégale. M. Mboweni se bat pour trouver des fonds afin de renflouer Eskom, le monopole d'État du pouvoir, sujet au black-out, dont les dettes de 30 milliards de dollars dépassent celles de la SAA. Eskom est considéré comme une priorité plus élevée car il produit la quasi-totalité de l'électricité de l'Afrique du Sud. « Le ministre des Finances est dans une situation extrêmement difficile. Il est très limité sur le plan financier et il faut se demander si lui et lui peuvent continuellement, selon ses propres termes, renflouer les entreprises d'État », a déclaré M. Kingston. La SAA et le Trésor sud-africain n'ont pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires. Une liquidation peut entraîner des coûts élevés pour le gouvernement de M. Ramaphosa, car il devrait payer des garanties aux prêteurs de la SAA en cas de défaillance. Solidarité, un syndicat sud-africain, a demandé à placer la SAA dans le sauvetage des entreprises, une alternative de liquidation. Mais les banquiers ont déclaré que cela ne serait pas pratique car le sauvetage des entreprises nécessite des ressources financières dont la SAA ne dispose pas.

Nous gardons un œil attentif quant à l’avenir de la compagnie, que nous espérons positif.