Quel avenir pour l’aérien face aux enjeux environnementaux ?

Quel avenir pour l’aérien face aux enjeux environnementaux ?

Nous sommes en 2021, et l’enjeu climatique est de plus en plus important en France, et dans le monde. En effet, avec la montée du parti politique Europe Écologie Les Verts (EELV) en France, un certain nombre de barrières ont été érigées face au secteur, déjà en crise avec la situation sanitaire de COVID-19 que nous traversons actuellement. Les entreprises et les passionnés tentent de raisonner les lanceurs d’alerte, en tentant de rétablir le vrai du faux, alors même que du côté des écologistes, un certain nombre de parlementaires, d’associations et de lobbys se dressent contre eux. Mais l’aérien est-il réellement un secteur polluant et dangereux pour notre planète pour les années qui arrivent ? C’est ce que nous allons tenter de démêler au sein de cet article.

C’est pour cette raison que nous allons, dans un premier temps, tenter de rétablir la vérité, et ce en toute objectivité et transparence.

Afin de montrer la vérité de l’aérien face aux enjeux climatiques, il est important de montrer les efforts qui sont fournis par le secteur pour préserver la planète, et que l’avion de demain est un projet concret qui recherche la durabilité.

Illustration du système CORSIA , par International Civil Aviation Organization (ICAO)

Premièrement, il n’est pas faux d’affirmer que le secteur aérien agit en faveur du climat depuis de nombreuses années. En effet, le transport aérien s’est engagé à assurer une croissance durable du trafic qui s’inscrive dans la lutte contre le dérèglement climatique. Ce qui fait de lui le tout premier secteur à avoir pris un tel engagement et à s’être doté d’un dispositif international de réduction et de compensation carbone. Ce système s’intitule CORSIA (pour Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation) et est un régime mondial de mesures basées sur le marché, et destiné à compenser la fraction des émissions de CO2 des vols internationaux excédant leur niveau de 2020. Ainsi, il oblige les exploitants d’avions assujettis à acheter des crédits carbones, et vise à réduire les émissions du transport aérien en introduisant de nouvelles technologies pour réduire leur consommation, améliorer les opérations et utiliser davantage de carburant alternatifs durables tel que le biogazole ou le bioéthanol. De plus, toujours dans un objectif d’action pour le climat, le secteur s’est doté d’une feuille de route claire et nette pour l’avenir, qui s’agit d’une stabilisation des émissions mondiales de CO2 à partir de 2020, et de réduire la moitié de ses émissions pour 2050 (calculé sur la base de 2005).

Deuxièmement, le transport aérien est une industrie qui fait place à de nombreux préjugés sur ses émissions et sa pollution. Effectivement, l’aviation représente environ 2% seulement des émissions mondiales de CO2 d’origine humaine. En France, le transport aérien intérieur représente 1,4% des émissions de CO2 nationales. À titre comparatif, le rapport CITEPA 2019 a conclu que 19% des émissions de CO2 étaient dues à l’agriculture, la sylviculture et la gestion des sols, et 3% étaient dus aux déchets de tout ordre.

Troisièmement, il n’est pas juste d’affirmer que l’industrie aéronautique ne cherche pas à maîtriser son impact sur le climat. Déjà pour tous les éléments affirmés précédemment, mais également car les émissions de CO2 par passager et par kilomètre ont été divisées par 5 en 60 ans, et ont ainsi diminué de 2% en moyenne chaque année entre 2000 et 2017. Le secteur industriel est vertueux. Les usines sont récentes, emploient des méthodes modernes, et ont donc peu d’impact sur le climat. De manière responsable, les entreprises telles qu’Airbus ont mis en place des programmes ambitions de réduction de leurs émissions, notamment avec l’optimisation de procédés industriels, la réduction de l’usage des énergies fossiles au bénéfice d’énergies renouvelables, etc. En bref, l’ensemble du secteur s’engage pour améliorer sa performance environnementale, notamment grâce aux différents acteurs qui investissent et innovent pour fournir de réels et de nombreux progrès.

Trois premiers concepts d'avions ZEROe, par Airbus

Et pour l’avenir ? Bien que tout se joue maintenant, il est évident que le progrès technique nous permet d’envisager le meilleur pour le futur. Le pionnier de ce progrès est l’entreprise européenne Airbus, ayant présenté en septembre 2020 des projets très ambitieux, théoriquement effectifs pour 2035. Ces concepts d’avions zéro émissions sont au nombre de trois et disposent d’une solution viable pour ne pas polluer : le moteur à hydrogène. En effet, l’hydrogène ne pollue pas, et contrairement au kérosène actuellement utilisé, il ne rejette pas de CO2, uniquement de l’eau. Cet élément chimique a déjà séduit le secteur aérospatial, alors pourquoi pas le secteur aéronautique ? Comme rien n’est tout rose, il représente un grand inconvénient. En effet, il doit être conservé à -250 °C et prend beaucoup plus de place que le kérosène puisqu’il est jusqu’à 4 fois plus volumineux. C’est pourquoi Airbus est obligé de complètement revoir sa façon de faire habituelle. Il faut donc repenser complètement la manière même de dessiner afin d’adapter les appareils à ce nouveau moteur. C’est alors ce qu’a fait Airbus en présentant ses trois premiers concepts d’avion ZEROe.

Le premier est présenté avec un turboréacteur classique, qui ressemble beaucoup à l’Airbus A320 que nous connaissons. Cependant, nous remarquons que l’arrière de l’appareil ne comporte pas de hublots, puisqu’il est destiné à stocker l’hydrogène. Cet avion serait conçu pour transporter jusqu’à 200 passagers pour un trajet de 3 500 kilomètres. Le second concept présenté est un avion à hélices. Il s’agit ici d’un petit engin destiné à des vols très courts et qui peut ne transporter que 100 personnes. Enfin, le troisième concept présenté par Airbus reprend une forme que nous avons déjà vu maintes et maintes fois, mais qui n’a jamais abouti : il s’agit de l’aile volante. Ici, Airbus donne peu de détails, mais explique que la forme de l’avion permet de stocker l’hydrogène très facilement sans faire de concessions sur le design. Pour l’instant, nous avons là de belles promesses et des concepts 3D audacieux. Airbus pourra également compter sur le soutien de l’Etat français, qui a débloqué 15 milliards d’euros dans un large plan de soutien au secteur. Ce dernier a été très difficilement touché par la crise de COVID-19, mais il devait de toute façon se réinventer face aux enjeux écologiques qui se font de plus en plus pressants, que nous avons déjà détaillés.

Malgré tous ces critères en faveur du secteur aérien, les écologistes ont besoin de plus, et ont besoin de concret. C’est pour cette raison que nous allons revenir sur les récents évènements survenus en France, notamment avec les actions coups de poing de Greenpeace.

Activiste de Greenpeace sur un Boeing 777 d'Air France pour dénoncer le « greenwashing », par Lorraine Turcci / Greenpeace

Nous sommes le 5 mars 2021 et les activistes entendaient dénoncer la politique de « greenwashing » du gouvernement sur les enjeux environnementaux autour du trafic aérien. Ce jour-là, des membres de Greenpeace ont partiellement repeint en vert un avion de la compagnie aérienne Air France, alors stationné à l’Aéroport de Paris-Charles de Gaulle (CDG/LFPG). Ces neufs militants de l’ONG ont escaladé le grillage du tarmac de l’aéroport et se sont déployés autour du Boeing 777. Ainsi, à l’aide d’un rouleau monté sur une perche, ils ont repeint en vert pendant une dizaine de minutes une partie de l’appareil. Par cette action, ils entendaient illustrer le « greenwashing », qui est l’utilisation fallacieuse, selon eux, d’arguments faisant état de bonnes pratiques écologiques de la part du gouvernement. Cet évènement a ensuite interpellé les esprits à propos de la sécurité de tous, mais cela constitue un autre sujet. Ce n’est pas la première fois que l’ONG s’aventure sur le tarmac de l’aéroport. Mais cette fois, ils sont allés très loin.

Finalement, nous allons évoquer un projet de loi, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale jusqu’au 16 avril 2021. C’est le très controversé projet de loi « Climat et Résilience », et le dernier en date à se dresser à l’encontre de l’industrie aéronautique, déjà fortement tourmenté. Ce projet de loi comporte 69 articles, organisés en 6 titres. Le titre 3 chapitre 4 est destiné à la limitation des émissions du transport aérien et à la favorisation de l’intermodalité entre le train et l’avion. Celui qui nous marque le plus, et qui a été adopté, est l’article 36 qui dispose que « sont interdits [...] les services réguliers de transport aérien public de passagers concernant toutes les liaisons aériennes à l’intérieur du territoire français dont le trajet est également assuré par les voies du réseau ferré national sans correspondance et par plusieurs liaisons quotidiennes de moins de deux heures trente ». Ainsi sont fermées les liaisons internes qui peuvent être effectuées en 2h30 en train.

Malgré tout ce que nous venons de montrer, l’aérien reste fort et tente de prouver par tous moyens sa nécessité et son engagement vis-à-vis des enjeux climatiques. Il va néanmoins devoir sans cesse se renouveler afin de rester dans la course et recevoir d’éventuelles subventions afin de l’aider à son développement.