Le Boeing 737 MAX décolle à nouveau

Le Boeing 737 MAX décolle à nouveau

Le Boeing 737 MAX a été créé pour rivaliser avec les nouveaux appareils court et moyen-courrier des constructeurs concurrents tel qu'Airbus et son A320neo ou encore Bombardier avec son C-Series, désormais renommé Airbus A220 suite au rachat du projet par Airbus. Sous la pression des concurrents, Boeing devait sortir un appareil assez rapidement pour éviter de perdre trop de parts de marché dans une course à l'innovation où l'efficacité et le rendement sont maîtres mots.

Moteur CFM56-3 d'un Boeing 737-400, par Davidelit et issue de Wikipédia

Le constructeur américain a ainsi opté pour une modification de son Boeing 737, modèle réputé et, à l'époque, appareil le plus vendu de l'histoire de l'aviation. Cette solution était la plus facile et la plus rapide. Et pour cause, le 737, datant de 1968, a été modifié un grand nombre de fois en ayant été remotorisé ou modernisé notamment avec les dernières versions, les 737 Next Generation. Cette solution semblait être la bonne pour Boeing qui a voulu faire, comme l'a fait Airbus avec son A320, connu pour sa fiabilité et sa modernité hors normes. Mais face à un appareil déjà modifié à de multiples reprises, les ingénieurs de Boeing se sont retrouvés dans l'impasse. L'un de ces soucis était celui de la taille des moteurs. En effet, les moteurs des 737 NG, ayant déjà rencontré des problèmes à cause de leurs dimensions, Boeing avait dû modifier la forme de ceux-ci afin d'éviter d'éventuelles collisions avec le sol. C'est pour cela que les moteurs des 737 les plus récents semblent aplatis sur leur dessous.

Lors de l'élaboration des plans du 737 MAX, les ingénieurs, qui voulaient changer de moteurs et donc mettre de plus gros réacteurs, n'ont eu d'autres choix que de déplacer légèrement les nacelles vers l'avant afin de garantir un espace minimum entre le sol et le bas de celles-ci. Ce changement, qui peut paraître anodin, va cependant tout changer pour Boeing. Qui dit déplacement des moteurs vers l'avant, dit modification de l'équilibrage de l'appareil. Le constructeur américain s'est donc penché sur cette question et a finalement opté pour un système informatique, nommé MCAS, permettant de protéger l'appareil d'éventuels décrochages suite à ces changements. Cependant, le système a montré ses limites en s'incarnant par deux drames.

Les débris du 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines, par Tiksa Negeri et issue de Reuters

Le premier accident était survenu le 29 octobre 2018 et mettait en cause un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Lion Air (voir Un 737 de Lion Air s’abîme en pleine mer de Java : aucun survivant) tandis que le deuxième avait eu lieu le 10 mars 2019 à bord d'un appareil du même type appartenant à Ethiopian Airlines (voir Crash pour Ethiopian Airlines, la fin du 737 ?). Les deux évènements s'étant déroulés sensiblement de la même manière, l'hypothèse d'un problème technique lié aux systèmes du 737 MAX était la plus probable. C'est pour cette raison que directement après le crash d'Ethiopian, un grand nombre de compagnies a choisi de clouer leur 737 MAX au sol et de nombreux pays ont fermé leur espace aérien au nouvel appareil de Boeing. L'appareil sera finalement interdit de vol dans le monde entier suite à l'annonce du président américain, Donald Trump en personne, ayant interdit l'exploitation de cet avion aux États-Unis.

Après plusieurs mois, le coupable a été formellement identifié, il s'agissait du système cité précédemment, le MCAS. Cet épisode avait d'ailleurs permis à Airbus et son A320 de détrôner Boeing et son 737 en devenant l'avion le plus vendu de l'histoire de l'aviation commerciale (voir Pourquoi l'A320 a-t-il dépassé le 737 ?). Cet épisode est un tournant dans l'histoire de l'aéronautique commerciale, révolutionnant d'une triste manière les procédures de certifications et donna la sensation aux compagnies et aux passagers d'avoir été trahis par ce grand constructeur à qui ils accordaient une confiance aveugle.

Après plus d'un an passé sans voler, année marquée par les interrogations sur la possibilité de poursuite du programme, le dernier-né court et moyen-courrier de Boeing a retrouvé le chemin des cieux hier, le lundi 29 juin. À son bord, aucun passager commercial mais des ingénieurs de Boeing et des inspecteurs de la Federal Aviation Authority, autorité délivrant les certifications de vol aux appareils survolant les États-Unis. Le but du vol était d'effectuer des tests et des vérifications des systèmes désormais mis à jour afin d'envisager dans les semaines qui viennent une recertification de l'appareil qui pourrait lui permettre de transporter à nouveau des passagers, au moins au-dessus des États-Unis. L'appareil a décollé à 09h55 (heure locale) des pistes de Boeing à Seattle (BFI/KBFI) pour effectuer un vol de plusieurs heures. Selon Flightradar24, l'appareil utilisé était un 737 MAX 7 immatriculé N7201S et âgé de 2,3 ans. Ce vol s'est bien déroulé et l'avion a atterri à Seattle après toute une série de tests portant, selon les rapports de Boeing, sur les fonctions du pilotage automatique du 737 MAX. Bien que cette étape fût très importante et très critique, il ne s'agit là que d'une des nombreuses tâches restantes avant une potentielle remise en service de l'aéronef.

D'autres vols du même genre seront effectués dans les jours et semaines à venir afin de déterminer si l'appareil est sûr et apte à une remise en service aux États-Unis dans un premier temps, puis ensuite dans le reste du monde. Une reprise des 737 MAX serait un soulagement pour le constructeur américain qui s'est retrouvé en difficulté financière à la suite de cette histoire, puis par la suite de la crise économique causée par la propagation du COVID-19 qui a frappé un grand coup dans les caisses de l'avionneur.