Faillite d’Alitalia : et après ?

Faillite d’Alitalia : et après ?

Ce 14 octobre 2021 restera dans l’histoire de l’aviation italienne. C’est aujourd’hui qu’Alitalia effectue son dernier vol pour laisser place à ITA – Italia Trasporto Aereo –, la nouvelle compagnie nationale italienne. Mais comment Alitalia en est arrivée à faire faillite et qui lui succédera ?

Alitalia, retour sur une situation compliquée

Comme nous avions pu le voir l’année dernière (voir Les compagnies italiennes en grand souci), Alitalia n’est pas en bonne posture depuis bon nombre d’années. Elle a d’abord dû faire face au choc pétrolier de 1970, puis à l’arrivée des compagnies low-cost et plus tard encore à la crise liée aux attentats du 11 septembre 2001. Mais ces dernières années ont été, pour Alitalia, parmi les plus dures de son existence.

Airbus A319 aux anciennes couleurs d'Alitalia, par Matteo Generoso, pour MyFlightway

Revenons en 2017, une année fatidique pour la firme italienne. Le gouvernement a en effet pris la décision de mettre Alitalia sous tutelle, décision venant mettre un trait sur les accords passés auparavant avec Lufthansa (en 2009) et Etihad Airways (en 2014). C’est le début du déclin d’Alitalia. Après cette mise en tutelle, plusieurs compagnies aériennes – comme Air France, Aeroflot ou Lufthansa – se sont portées volontaires pour aider à redresser la compagnie transalpine. Mais jamais aucun réel accord ne sera signé.

Alitalia croule sous les dettes s’élevant alors à 3 milliards d’euros. Elle supprime près de 750 emplois sur les 12 000 existants, réduit les salaires de ses employés et annonce une restructuration de sa flotte. Mais les années passent et le gouvernement cherche désespérément un repreneur pour la compagnie. Aucun repreneur trouvé, Alitalia reste encore sous la direction de l’État.

Et comme si la santé de la compagnie n’était pas déjà au plus bas, la pandémie de Covid-19 ne viendra pas en amie, loin de là. Pour Alitalia, déjà fragilisée, c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Suite au manque considérable de passagers, les compagnies clouent leurs avions au sol et n’ont quasiment plus aucun chiffre d’affaires.

Les grandes compagnies européennes reçoivent des aides de leurs États respectifs (7 milliards d’euros pour l’aéronautique française, 9 milliards par l’État allemand pour Lufthansa) ; Alitalia en faisait partie. Mais ces aides, à hauteur d'1,3 milliard d’euros au total, sont bien insuffisantes pour rembourser les 11 milliards d’euros de pertes accumulées depuis le début du siècle. En avril 2020, le gouvernement italien prend ainsi le contrôle total de la compagnie, à ce moment-là encore supportée par quelques actionnaires. C'est finalement un peu plus d'un an plus tard, en juin de cette année, que le gouvernement annonce la disparition d’Alitalia ainsi que son remplacement.

Mais qui remplacera Alitalia et quand ?

Demain, le 15 octobre 2021. C’est la date à laquelle ITA – Italia Trasporto Aereo – démarrera officiellement ses opérations en prenant le relai sur Alitalia. La nouvelle compagnie nationale sera entièrement détenue par le ministère italien de l'Économie et des Finances.

Dès son lancement, ITA devrait desservir 16 villes italiennes – dont Bologne, Rome Fiumicino, Milan Linate, Naples, Palerme et Venise – et 16 destinations européennes – dont Amsterdam, Barcelone, Bruxelles, Francfort, Londres Heathrow, Nice, Paris Charles de Gaulle et Orly ou encore Zurich –, en plus d'Alger, Le Caire, New York, Tel Aviv, Tokyo et Tunis. Ce réseau initial de 38 destinations devrait s'étendre à partir de mars de l'année prochaine pour atteindre en août 2022 un total de 51 destinations à travers le globe, dont quatre en France – avec l'ajout de Marseille au réseau. La compagnie devrait finalement voler vers plus de 70 destinations à l'horizon 2025. La compagnie sera basé à Rome Fiumicino (FCO/LIRF) secondé par l'aéroport de Milan Linate (LIN/LIML).

Sticker « Operated by ITA » récemment ajouté sur un A330 (EI-EJN), par Corriere

La livrée qui ornera les avions de cette nouvelle compagnie n’est pas encore connue. Néanmoins, un Airbus A320 d’Alitalia (immatriculé EI-EIB) a depuis peu été repeint avec une décoration spéciale « Born in 2021 ». Le sort de la livrée des autres appareils issus de la flotte d’Alitalia reste pour le moment inconnu, bien qu'il soit certainement possible qu'un simple sticker « Operated by ITA » leur soit ajouté, comme ça a déjà été réalisé récemment sur l’un des A330 de la flotte (immatriculé EI-EJN). À défaut de connaître la livrée qui arborera les nouveaux appareils de la compagnie, nous pouvons pour le moment apprécier quelques concepts de livrées circulant sur les réseaux et pouvant nous donner d'éventuelles idées.

Airbus A320 (EI-EIB) arborant la livrée spéciale « Born in 2021 », par ITA

Concernant sa flotte désormais, ITA disposera à ses débuts de 52 appareils, dont 7 gros-porteurs. Les premiers avions seront issus de la flotte de la défunte Alitalia, tandis qu'un accord a déjà été signé avec Airbus pour l'achat de 28 nouveaux appareils, dont 10 Airbus A330neo, 7 appareils de la famille A220 et 11 de la famille A320neo. De plus, la nouvelle compagnie s’est entendue avec Air Lease Corporation pour la location de 31 appareils supplémentaires, parmi lesquelles devraient figurer 15 Airbus A220, deux A320neo, neuf A321neo et cinq A330-900.

Airbus A220, A320neo et A330neo qui arborent une livrée fictive de ITA, par La Livery (Twitter)

Les premiers appareils de nouvelle génération devraient progressivement rejoindre la flotte d'ITA à partir de la fin du premier trimestre 2022. C'est ainsi que démarrera un processus de conversion de la flotte ITA initiale vers une nouvelle génération d'avions plus efficaces et plus respectueux de l'environnement, équipés des meilleures technologies et de cabines ultramodernes pour garantir un maximum de confort aux voyageurs. Les livraisons se prolongeront jusqu'en 2025 lorsque la firme bénéficiera à terme d'une flotte de 105 appareils, dont 56 avions de dernière génération loués, parmi lesquels devrait figurer l'Airbus A350. On constate donc la décision la compagnie italienne de partir sur une flotte future tout-Airbus.

Boeing 777 d'Alitalia avec la livrée SkyTeam, par Donal Morrissey Birrlad (Flickr)

Quant à SkyTeam, l’alliance à laquelle appartenait Alitalia depuis 2001, il n’est pas dit qu’ITA la rejoigne, bien que l’alliance entende certainement négocier avec la nouvelle compagnie.

Ce soir, le dernier vol d’Alitalia décollera. Il marquera la fin de 75 ans d’histoire pour la compagnie nationale italienne, remplacée dès minuit par la nouvelle ITA. Grazie e arrivederci…


Mise à jour (15 octobre 2021) :
Mais toutes ces nouveautés c’était ce qu’on savait hier sur la nouvelle ITA. Cependant, des modifications ont eu lieu depuis. ITA aurait racheté la marque et le nom Alitalia pour 90 millions d’euros, permettant ainsi à la nouvelle compagnie de reprendre l’identité visuelle, le nom de domaine, la marque, la livrée, les uniformes de son prédécesseur, et même son nom. À voir dans les prochains jours si ITA compte tout de même conserver certaines innovations ou bien si celle-ci reprendra les activités d’Alitalia sans réelle modification.


Mise à jour (16 octobre 2021) :

Livrée officielle qui arborera les avions de la flotte, par ITA Airways
Malgré le rachat de l’identité visuelle et du nom Alitalia, la nouvelle compagnie nationale italienne ITA – Italia Trasporto Aereo – s’appellera finalement ITA Airways, « un nom qui regarde vers l’avenir, vers le futur », comme l'a souligné Fabio Lazzerini, le CEO de la compagnie. ITA disposera également de sa propre nouvelle livrée, bien différente du concept qu'on vous présentait ; cette nouvelle livrée sera entièrement bleue avec le logo ITA Airways en or blanc à l'avant de l'avion et un drapeau tricolore italien sur la queue, en rupture avec la livrée verte, blanche et rouge d'Alitalia.