Crash pour Ethiopian Airlines, la fin du 737 ?

Crash pour Ethiopian Airlines, la fin du 737 ?

C’est le 10 mars dernier, à 08h38 heure locale, que le vol Ethiopian Airlines ET302 décolle d’Addis Abeba, la capitale de l’Éthiopie, à destination de Nairobi, capitale du Kenya, avec 149 passagers et 8 membres d’équipage à son bord. Après 6 minutes de vols, le Boeing 737 MAX 8 flambant neuf perd tout contact avec le contrôle aérien. Il s’écrase quelques minutes plus tard à 62 km d’Addis Abeba.

C’est à 11h00 qu’Ethiopian Airlines sort un premier communiqué de presse informant du crash. Il est dit : « Ethiopian Airlines a le regret de confirmer que son vol […] a été impliqué dans un accident aujourd'hui. […] À l'heure actuelle […] nous ne sommes pas au courant des survivants ou des victimes possibles ». À 13h46 de la même journée, la compagnie aérienne éthiopienne sort un deuxième communiqué spécifiant « Le PDG du groupe […] regrette de confirmer qu'il n'y a pas de survivants ». Le vol ET302 fait donc un bilan dramatique de 157 décès avec aucun survivant. C’est d’ailleurs à 16h59 qu’Ethiopian Airlines publie la liste des nationalités des passagers à bord : on y compte 7 français.

Le lendemain matin, à 01h40, Ethiopian Airlines annonce avoir retrouvé les deux boîtes noires : celle enregistrant les données numériques de vol et l’autre enregistrant les conversations dans le cockpit. La compagnie dit ensuite envoyer les boîtes noires à Paris pour la poursuite de l’enquête.

En attendant les réponses des experts, Flightradar24, site permettant de suivre les avions en temps réel, informe que le vol ET302 a eu « une vitesse et une altitude ascensionnelle erratique après son décollage » d’Addis Ababa. Ces faits rappellent étrangement ceux du crash du Boeing 737 MAX 8 de Lion Air le 29 octobre 2018 (voir Un 737 de Lion Air s’abîme en pleine mer de Java : aucun survivant). Tout comme l’appareil de la compagnie aérienne indonésienne Lion Air, l’appareil éthiopien immatriculé ET-AVJ, tout récent lui aussi, il a été livré à la compagnie le 15 novembre 2018 et avait effectué son premier vol le 30 octobre, soit le lendemain du crash du vol Lion Air JT610 : ce qui a évidemment permis d’entendre des thèses complotistes. Le Boeing, n’ayant pas plus de 1000 heures de vol à historique, n’avait à priori aucun incident lorsqu’il avait atterri le matin même vers 05h25 à Addis Abeba après un vol en provenance de Johannesburg.

Tewolde Gebremariam, directeur général d’Ethiopian Airlines, déclare par la suite que Yared Getachew – commandant de bord du vol ET302 – et son copilote Ahmed Nur Mohammod ont demandé à retourner à Addis Abeba après « avoir rencontré des difficultés ». C’est quand le contrôle aérien leur a autorisé à faire demi-tour que le contact se rompu et que l’appareil s’est écrasé.

Après cette suite dramatique d’accidents meurtriers, les experts s’intéressent à l’éventuelle problème touchant les Boeing 737 MAX. Ainsi Ethiopian Airlines suspend ses cinq 737 MAX. Air China, China Eastern, China Southern, Hainan Airlines, Xiamen Air, Shenzhen Airlines, Shandong Airlines, Cayman Airways, Lion Air, Garuda Indonesia, SilkAir, Royal Air Maroc, Comair, Aeromexico et Mongolian Airlines suivent Ethiopian Airlines et suspendent également leurs Boeing MAX. Cependant les autres compagnies continuent à opérer cet appareil car la FAA américaine (Federal Aviation Administration) estime que le 737 MAX est tout à fait « apte au vol ». Boeing a d’ailleurs annoncé déployer d’ici quelques semaines une mise à jour du système MCAS (système permettant d’éviter le décrochage de l’appareil en pilotage manuel) ayant déjà été en partie la cause du crash du vol JT610.

Le mardi 12 mars, les espaces aériens de l’Union européenne, du Royaume Uni, des Emirats Arabes Unis, du sultanat d’Oman, de l’Inde, de la Malaisie, de Singapour, de Corée du Sud, de Mongolie, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande et de Fidji ont enfin été fermés au Boeing 737 MAX. En effet, l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) interdit désormais ces monocouloirs dans l’espace aérien européen affectant ainsi beaucoup des compagnies tel que Norwegian Air Shuttle, TUI fly, Air Italy, LOT Polish Airlines, Enter Air et Icelandair. Turkish Airlines, Flydubai, S7 Airlines et Fiji Airways ont eux aussi immobilisé provisoirement leurs MAX.

Le lendemain, suite à la demande du président Donald Trump, Boeing recommande à la FAA de suspendre « à titre temporaire […] l’exploitation des 371 appareils qui constituent la totalité de la flotte mondiale de Boeing 737 MAX ». C’est ainsi que depuis le mercredi 13 mars dernier, plus aucun Boeing 737 MAX 7, 8 ou 9 n’est en permission de voler.

Norwegian Air Shuttle, disposant aujourd’hui de 18 Boeing 737 MAX 8, voit son trafic grandement paralysé suite à l’arrêt de ces 18 appareils et à l’annulation de 19 vols en un jour. Ainsi la compagnie aérienne low-cost demande des dédommagements financiers auprès de Boeing ; Lasse Sandaker-Nielse, porte-parole de la compagnie ayant déclarée à l’AFP : « Nous allons envoyer la facture à ceux qui ont construit l'avion […] Nous ne devons pas souffrir financièrement de cela ».

Le 14 mars dernier, la FAA a annoncé que l’installation de la mise à jour du système MCAS de Boeing, étant censée commencer avant la fin du mois de mars, se poursuivra au minimum jusqu’à fin avril. Ceci n’est pas une bonne chose pour les compagnies et pour Boeing car cela estime la remise en route du Boeing 737 MAX vers mai au plus tôt.

Plusieurs experts en aéronautiques venus sur Paris pour l’enquête ont remarqué un grand nombre de similitudes entre le crash du 737 MAX 8 de Lion Air et celui d’Ethiopian Airlines bien que l’enquête du crash du vol ET302 ne soit pas encore très approfondi. Dagmawit Moges, ministre éthiopien du transport, a déclaré que les deux accidents doivent « faire l’objet d’une étude plus approfondie ». Le rapport préliminaire portant sur les causes du crash du vol Ethiopian Airlines ET302 devrait être rendu public d’ici une trentaine de jours.

D’après NBC News la mise à jour du système MCAS de Boeing tant attendue pourrait être présentée lundi 25 mars. La mise à jour sur l’appareil devrait prendre environ deux heures par appareil soit un totale de 742 heures pour modifier tous les 371 Boeing 737 MAX de la flotte mondiale. Air Canada a annoncé le 19 mars dernier avoir retiré de ses plannings les vols en 737 MAX jusqu’au 1er juillet prochain.

Suite à ces problèmes, Boeing continue tout de même à produire ses 51 appareils 737 MAX par mois même si le constructeur aéronautique a suspendu toutes les livraisons.

Suite à ses incidents, le Boeing 737, avion au catalogue depuis 1967, continuera-t-il toujours à se développer et à se vendre ou pouvons-nous imaginer, dans un monde concurrentiel, le passage pour les compagnies aériennes d’une flotte de 737 de Boeing à une flotte d’A320 d’Airbus ? Affaire à suivre…

 

Sources : Boeing, Ethiopian Airlines, Flightradar24, Air Journal, AFP, Le Point, Wikipédia, Le Monde, Twitter

Source photos :

#1 : Tiksa Negeri / Reuters

#2 : Flightradar24

#3 : LLBG Spotter / Flickr

#4 : Boeing

#5 : NetAirspace

#6 : Aviation Voice