Ces grands travaux aéroportuaires inutiles et abandonnés

Ces grands travaux aéroportuaires inutiles et abandonnés

Depuis le milieu des années 1980, des réalisations de grandes infrastructures se sont avérées a posteriori, économiquement, écologiquement voire matériellement contre-productives, inutiles ou déficitaires ; c'est ainsi qu'est apparue l’expression des « grands projets inutiles » au début des années 2010. Et parfois, pour ces mêmes raisons ou des raisons diverses, certains projets sont abandonnés, et ne voient alors pas le jour.

Ces grands projets touchent tous les domaines, partout dans le monde, mais nous allons naturellement nous concentrer sur ces grands travaux aéroportuaires qui se sont trouvés abandonnés ou inutiles. Ainsi, nous verrons également le projet originel, la raison de sa perte, ainsi que son évolution dans le temps, s’il y en a une.

Ainsi, dans un premier temps, nous allons voir trois projets finalement abandonnés, tous concentrés en France.

Projet de terminal 4 à l'aéroport de Paris Charles de Gaulle (CDG/LFPG), par Groupe ADP

Commençons par l’abandon de projet le plus récent, il s’agit du projet d’extension de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle (CDG/LFPG). En effet, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, le gouvernement a décidé d’abandonner le projet d’extension de l’aéroport en février 2021. Un revirement historique. En effet, exit le terminal 4 en forme de « U » à l’aéroport parisien. « Le gouvernement a demandé au groupe ADP d’abandonner son projet et de lui en présenter un nouveau, plus cohérent avec ses objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement » a annoncé au journal du Monde la ministre de la transition écologique et solidaire Barbara Pompili. Le T4, projet mort-né, avait une enveloppe pourtant estimée à environ 8 milliards d’euros, et devait, à terme, pouvoir accueillir autant de passagers qu’à Orly (ORY/LFPO) à lui seul. Cette décision s’avère être un changement de pied majeur puisque jusque-là, les pouvoirs publics nationaux étaient toujours (ou souvent) allés dans le sens de la croissance des capacités du hub parisien. « C’est un projet obsolète, qui ne correspondait plus à la politique environnementale du gouvernement et aux exigences d’un secteur en pleine mutation, tourné vers l’avion vert de demain » tranche alors la ministre, au lendemain de la présentation de la loi climat, que nous avons évoqué dans cet article. Nous ne verrons donc pas de sitôt une extension de notre très cher aéroport français.

Opposants au projet Notre-Dame-des-Landes, par Le Parisien

Nous allons poursuivre avec un projet aéroportuaire très célèbre, qui a été lancé dans les années 1960. Il s’agit du projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Dans le contexte, l’objectif de cet aéroport était de soulager l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique (NTE/LFRS), qui connaît une augmentation très forte de son trafic, et ses infrastructures tendaient vers une insuffisance afin de convenir à un tel trafic, dans les conditions de confort et de services attendues par les voyageurs. Il ne s’agissait donc pas de la construction d’un second aéroport, mais d’un transfert de l’activité commerciale de l’aéroport existant vers ce qu’il semblait devenir le futur aéroport du Grand Ouest. Le coût du projet était estimé à 450 millions d’euros. Donc après plus de 50 ans de blocages par les « zadistes », le projet a été définitivement abandonné en janvier 2018, par l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe.

Finalement, toujours en France, un pari insolite n’a pas été remporté, il s’agit du projet d’aérodrome sur l’île aux Cygnes. Île artificielle implantée au milieu de la Seine, entre le 15ème et le 16ème arrondissement parisien, elle est un lieu unique à Paris dès le 19ème siècle. Véritable havre de paix, cette étroite bande de terre de seulement 11 mètres de large offre une agréable promenade loin du tumulte de la capitale. C’est alors un projet pour le moins insolite qu’eut au 20ème siècle l’architecte André Lurçat, puisqu’il imagina profiter de cette bande de terre unique à Paris pour y construire un aérodrome au cœur de la ville. Nommé Aéroparis, il devait servir de piste d’atterrissage et d’envol à des avions de petit gabarit. Mais comme vous devez vous en douter, le projet fût très rapidement abandonné.

Cependant, certains aéroports auraient sûrement dû rester au rang de projets justement…

Aéroport de Sainte-Hélène (HLE/FHSH), par Alltumflug

Nous pouvons commencer cette présentation des projets qui se sont révélés inutiles avec l’aéroport de Sainte-Hélène (HLE/FHSH). Cet aéroport du Royaume-Uni, situé dans le district de Longwood à Sainte-Hélène, est entré en construction au début de l’année 2012 et devait entrer en service le 21 mai 2016 afin de devenir le premier aéroport de l’île jusqu’alors accessible uniquement par voie maritime. Cependant, en 2017, l’aéroport n’était toujours pas desservi, en dehors de quelques avions privés qui s’y posaient de manière occasionnelle, 32 appareils sont comptés durant avril 2017. En 2018, l’aéroport est finalement desservi par une liaison commerciale régulière de Airlink avec l’aéroport international OR Tambo (JNB/FAOR). L’aéroport voit donc une légère amélioration, ce qui fait de lui un projet pas complètement inutile.

Ensuite, nous avons bien évidemment l’aéroport Montréal-Mirabel (YMX/CYMX). Ouvert en octobre 1975, cet aéroport est le second de la ville de Montréal. Il pourrait tout avoir pour faire rêver et remplir son rôle, un peu à l’image du second aéroport parisien, Orly. Cependant, son éloignement du centre-ville ne va pas lui donner la croissance attendue, et a fermé définitivement ses portes en avril 2004, après 29 années de mise en service.

Boeing 737-800 de Ryanair à l'aéroport de Castellon-Costa Azahar (CDT/LECH), par Juan Emilio Prades Bel

Finalement, nous allons finir avec l’aéroport de Castellon-Costa Azahar (CDT/LECH) en Espagne. Son ouverture fut principalement symbolique, puisqu’elle marque les élections régionales de 2011. Malgré tout, il n’a pas été desservi par un vol régulier avant septembre 2015. Avec son coût de 150 millions d’euros ainsi que sa statue monumentale de l’ancien président régional Carlos Fabra, l’aéroport est devenu un symbole des effets de la crise économique espagnole ainsi que des dérives des dépenses publiques du pays. En effet, au début des années 2000, avec la croissance économique importante, chaque province espagnole voulait son propre aéroport, et ce malgré la proximité d’autres beaucoup plus importants et déjà existants, ce qui a créé des doublons. Ce n’est alors qu’à partir du 11 mars 2015, grâce à la célèbre compagnie Ryanair qui annonce l’ouverture de deux lignes depuis l’aéroport, qu’il va accueillir jusqu’à 61 000 passagers par an.

Pour conclure, nous pouvons affirmer que chaque projet, indépendamment de leur ampleur, n’a pas une réussite garantie. Parfois, tout est réuni pour faire d’un projet une structure grandiose, que les critères soient politiques ou économiques, mais il suffit d’un détail mal pensé pour tout faire basculer. Et malheureusement, aucune structure n’est à l’abri de cet abandon ou de cet oubli. De plus, nous avons bien vu que la perte d’intérêts d’une infrastructure ne se limite pas géographiquement, et ne se limite ainsi pas à un continent, ni même de manière plus générale, à un domaine particulier. Cependant, ces failles peuvent nous permettre d’aiguiser nos sens et nos esprits critiques afin d’éventuellement déceler les faiblesses, plus ou moins importantes, des plateformes qui nous entourent.