Boeing et son mythique 747 face à l’année 2020

Boeing et son mythique 747 face à l’année 2020

Il y a 50 ans, le Boeing 747 effectuait son premier vol commercial, lors d'un vol New York-Londres. Le Jumbo Jet, dont plus de 1500 exemplaires ont été assemblés, allait devenir l'un des avions les plus emblématiques de l'aviation civile. Vers la fin du 747 ? La crise provoquée par la pandémie de COVID-19 a accéléré la prise de décision : Boeing cessera en 2022 la production du 747, que les compagnies aériennes retirent peu à peu de leur flotte.

La naissance du Boeing 747 remonte aux "golden sixties", marquées par une démocratisation des billets d'avions et une augmentation du nombre de passagers. Boeing venait de passer, en 1965, à côté d'un contrat pour la construction d'un avion de transport militaire de très grande capacité. Mais l'avionneur américain a mis à profit l'expérience emmagasinée pour imaginer le plus grand avion de ligne jamais assemblé : le 747.

Boeing 747-121 de la Pan Am en 1978, par Aldo Bidini

Le nouvel appareil a été développé et mis au point dans un délai très court d'approximativement deux ans et demi. Le mastodonte quadriréacteur fut à sa réalisation deux fois plus grand que le plus grand avion commercial de l'époque, avec des mensurations hors-norme : 70 mètres de longueur et une hauteur de près de 20 mètres. Certains craignaient même qu'il ne soit trop grand pour manœuvrer dans les aéroports.

L'assemblage du Jumbo Jet a nécessité la construction d'une nouvelle usine, à Everett, à une cinquantaine de kilomètres de Seattle, dans l'ouest des États-Unis. Cette usine reste à ce jour le bâtiment offrant le plus grand volume intérieur au monde (plus de 13 millions de mètres cube). Le Boeing 747 a été développé dès ses origines avec l'idée de pouvoir également l'utiliser pour le transport de marchandises. La possibilité d'équiper le nez de l'avion d'une porte cargo explique d'ailleurs sa forme, qui présente une bosse si caractéristique.

Les coûts de développement de l'appareil ont failli mettre Boeing en faillite, mais la date du 30 septembre 1968 est à marquer d'une pierre blanche : un premier 747 sortait des lignes d'assemblage de l'usine d'Everett. Le premier vol d'essai s’est réalisé quelques mois plus tard, le 9 février 1969, et durera 75 minutes, sans problème majeur. Le premier vol commercial aura lieu le 22 janvier 1970. Initialement prévu le 21, il fut reporté de quelques heures à la suite de la surchauffe d'un moteur, ce qui nécessita de recourir in extremis à un appareil de remplacement.

747 de la NASA ramenant la navette spatiale au Centre Spatial Kennedy, en Août 2005, par Lori Losey au service de la NASA

Le premier vol, entre New York et Londres, marquera le début d'une success story pour Boeing qui assemblera pendant des années des centaines de 747 et atteindra la barre symbolique des 1000 exemplaires en 1993, et même des 1500 exemplaires en 2014. Le Jumbo Jet a été décliné en plusieurs versions différentes. En outre, deux appareils ont été adaptés pour la NASA afin de permettre à l'agence spatiale américaine de transporter ses navettes spatiales (voir Des Boeing 747 hors du commun (1/3)). Et deux autres "jumbo jets" ont notamment été aménagés pour les besoins du président des États-Unis : ce sont les célèbres Air Force One (voir Des Boeing 747 hors du commun (3/3)).

Mais l'existence de la reine des cieux, autre sobriquet du 747, arrive à son terme. Progressivement, les compagnies aériennes le retirent de leur flotte de transport de passagers. Elles lui préfèrent des biréacteurs, moins énergivores, comme le Boeing 787 Dreamliner ou l'Airbus A350. Mais l'appareil reste prisé pour le transport de fret. Des Boeing 747 atterrissent encore régulièrement sur de nombreux tarmacs.

Le carnet de commandes du jumbo-jet se vide petit à petit. Boeing précise sur son site internet avoir encore 17 appareils à livrer, tous en version transport de marchandises, soit 13 pour la société américaine UPS et 4 pour la Russe Volga-Dniepr. Aucune commande n'a été enregistrée en 2019.

Le Boeing 747 a été dépossédé en 2005 par l'Airbus A380 de son titre de plus gros avion civil de transport de passagers. Mais le super jumbo européen n'aura sans doute pas la même longévité : Airbus a en effet annoncé la fin de sa production pour 2021, faute de commandes suffisantes. Au total, quelque 250 exemplaires de l'A380 auront été livrés. L’année à laquelle Boeing a plus reçu de commandes est en 1990 avec 122 commandes et 70 livraisons. Pour l’Histoire de l’oppositions des deux géants du ciel, voir Une série de confrontation (2/3) : 747/A380. Depuis 2019-2020, plus aucune commande n’a été réalisée à cause de la crise liée au COVID-19.

Boeing n'avait pas besoin d'une affaire de plus, alors qu'il tente de surmonter une série de crises sans précédent qui se sont soldées par près de 12 milliards de dollars de pertes l'an dernier. Cependant, voilà que l'avionneur et les régulateurs de plusieurs pays demandent aux compagnies exploitant le modèle 777 équipé de moteurs Pratt & Whitney PW4000 de clouer l'appareil au sol en raison d'un spectaculaire incendie de réacteur sur un avion de ce type au-dessus du Colorado il y a cinq semaines.

Boeing 737 MAX 9 réalisant un vol d'essai, par Paul Weatherman pour Boeing

Boeing a perdu près de 12 milliards de dollars en 2020. Loin d’avoir tourné la page des 737 MAX, le constructeur américain a mis sur pause la production du 787 et provisionné plus de 5 milliards de dollars de charge supplémentaire pour le 777X dont l’entrée en service est repoussée à fin 2023.

En 2020, Boeing a réalisé un chiffre d’affaires de 58,158 milliards de dollars, soit une baisse de 24 % par rapport à 2019. Il en résulte une perte de 11,941 milliards de dollars. Le feu vert accordé par l’EASA aux 737 MAX, le jour même de la publication de ces résultats financiers annuels, n’est qu’une maigre consolation. Espérons tout de même que la vaccination massive dans le monde montrera ses effets et que tous les constructeurs, compagnies aériennes, aéroports... retrouveront leur niveau d’avant crise d’ici un à deux ans.